Nouveau tempo libero

  • Une longue et terrible épine

    C'est une toute petite île. Regardez, à quelques encâblures de Plaka juste en face. La Crète, golfe de Mirabello le bien nommé. Une Méditerranée paradisiaque de carte postale. 

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    Comme une épine dans le bleu, une épine plus longue que large, d'où son nom "Spinalonga". 

    Au gré de l'histoire mouvementée de la Mare nostrum, elle fut tout d'abord une place forte antique puis, face à l'ennemi ottoman, un bastion vénitien qui recueillait les chrétiens en fuite.

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    En 1715, elle tomba finalement aux mains des Turcs jusqu'au début du 20ème siècle.  

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    Et ensuite, me direz-vous? 

    Le destin contemporain incroyable de ce caillou, je l'ai découvert dans L'Île des oubliés de Victoria Hislop , un best-seller qui m'entêtait un rien à le voir, en version poche, fleurir chez tous les libraires avec un bandeau rouge alléchant barrant une superbe photo grecque pur jus.

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    Je l'ai acheté et j'ai commencé la lecture. Les premières pages me déçurent superbement, dialogues "dignes" d'Amour, gloire et beauté, style assez plat. Déçue, j'étais déçue, mais je me suis accrochée, je n'avais rien d'autre à lire sur le coup, mais surtout je me disais qu'il y avait dans ce livre plébiscité certainement un secret que j'allais découvrir au fil des pages.

    Er ce fut le cas.

    Encore aujourd'hui, cette lecture m'occupe l'esprit. Oh, ce n'est pas vraiment l'intrigue car, malgré de nombreux rebondissements, elle est relativement devinable comme toutes ces sagas familiales : une jeune fille qui part à la recherche de ses racines, mais quelles racines...

    Elles poussent à Spinalonga, certes une  petite île crétoise du golfe de Mirabello mais aussi la dernière léproserie d'Europe, fermée en 1957!

    Etait-il possible qu'à l'époque de ma naissance une telle horreur existe encore en Europe? Dubitative,  même si les oeuvres du Père Damien me reviennent en mémoire. 

    Je me suis alors demandé si ce lieu, pourtant parfaitement situé et décrit, existait vraiment et si son destin funeste était réel.

    Oui, cette île que je vous ai présentée tout au début comme paradisiaque fut, de 1903 à 1957, considérée comme un mouroir immonde. 

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    Dans le livre, nous emboîtons le pas de ceux qui, devenus lépreux, prennent le bateau pour un voyage sans retour et qui sont terrorisés par le monde qu'ils vont découvrir, une fois passée la porte de Dante.

    C'est une prison à ciel ouvert, un déchirement car ils voient les villages de la côte éclairés de vie avec leurs proches qui y vivent. Certains chercheront à s'échapper, happés par les eaux ou, arrivés au littoral, lynchés par les Crétois terrorisés par la crainte de la contagion. Mais la plupart..., je ne vous en dis pas plus, lisez! 

      

    derniere-danse.jpgville orpheline.jpegBref, le secret de Victoria Hislop n'est sans doute pas un style flamboyant (quoique, la traduction trahit parfois) mais son pouvoir de nous faire découvrir les drames contemporains de la Méditerranée.

    Notamment la guerre à Chypre en 1970 avec La ville orpheline, la guerre civile espagnole avec La dernière danse... Pas encore lu mais je suis sûre qu'ils vont m'en apprendre beaucoup.

    Victoria Hislop est attachante quand on la découvre, parfaite francophone dans ses interviews que vous pouvez retrouver sur Internet.

    Son site en français:

    https://www.victoriahislop.com/?lang=fr

     

    Beaucoup de films accompagnés du son du bouzouki, encombrés de touristes vous permettront de découvrir ce cailllou déjà filmé par Werner Herzog dans Dernières paroles et Jean-Daniel Pollet dans L'Ordre.

    Mais après la lecture du roman, ces petits films touristiques m'apparaissent comme indécents même s'ils nous permettent de découvrir l'île d'aujourd'hui. 

    J'ai trouvé ce petit film de 1935...

     

    Et puis tout de même un docu d'aujourd'hui, je l'ai choisi pour son calme et surtout parce qu'il nous fait pénétrer dans l'île par la fameuse "porte de Dante", couloir qui paraissait au lépreux comme un terrible purgatoire entre le paradis des vivants qu'il quittait et l'enfer qu'il allait découvrir, comme un adieu à la vie...

     

    Bonne lecture, bonne découverte! Certes tout est très convenu mais le cadre est humainement et historiquement bouleversant. Donc enrichissant! 

  • Qu'il est beau, mon trentenaire !

    Ce samedi s'annonçait radieux. Le piquant vent de nordet avait nettoyé les contours et ravivé les couleurs du jardin des Tuileries, le ciel était moutonneux juste ce qu'il faut pour le relief.

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    Mon programme du jour : une expo au Musée d'Orsay. 

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    Ce n'est pas l'Arbre des voyelles de Penone gisant comme déraciné qui entame mon enthousiame muséal, mais bien la splendeur du jour. Vais-je m'enfermer ou partir sous la lumière dorée, le nez au vent au gré de mes folles envies pédestres, libre, libre !

    Je vais m'employer à ce qu'il y ait du temps pour les deux. 

    C'est la fête impériale qui m'appelle tout d'abord.

    Une fois dans son aura, le sémillant trentenaire qu'est le musée d'Orsay vous la joue ivresse irrésistible. Et la porte passée, cuite, vous êtes cuite. Vous vous laissez faire avec volupté... Du régal, rien que du régal!

    Le lieu. Oui, le lieu d'abord.

    Une ancienne gare qui fut construite pour l'expo de 1900 et resta en fonction jusque dans les années 60, abandonnée ensuite à cause de ses quais trop courts pour les convois modernes.   

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    Après, les amis, elle eut chaud aux fesses!

    Abandonnée et réinvestie mille fois, c'est Giscard qui la sauva de la démolition et nous évita ça... Ouf!

    Ah oui, rien que pour ça, je l'aurais bien invité à dîner a casa, moi! Même s'il apparaît comme un handicapé de la culture face à ses contemporains Pompidou, Mitterrand et Chirac, il fit classer le bâtiment et lança la réhabilitation.

    Première réhabilitation d'un bâtiment industriel à des fins culturelles, c'est lui! Merci, VGE!

     

     En bord de Seine, l'eau est souvent menaçante. Pas plus tard que l'hiver dernier, cote d'alerte et collections préservées. Auparavant en 1910 pendant l'inondation historique, et lors de son abandon avec déjà le rêve d'après...

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    Se retrouver, encore se retrouver dans le grand hall, c'est toujours une émotion. Et il y a toujours des choses à découvrir... 

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    Je m'étais donné une heure pour baguenauder (mais avec l'obligation d'aller saluer quelques tableaux dont je vous parlerai demain ou après...). Alors, j'ai décidé avant de prendre ces horribles escalators vers l'impressionnisme, de m'arrêter à l'espace Opéra. De Paris, s'entend. J'en reviens à Napoléon III.

    Et là, boum, j'ai l'impression d'avoir été aveugle à chaque visite! D'abord cette extraordinaire maquette sous verre... On marche, on danse sur le quartier de l'Opéra!

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    Il y a aussi Carpeaux...

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    Vous allez à gauche et vous découvrez la saga de la construction de l'Opéra de Paris. Garnier avait des challengers et pas des moindres, Viollet-Leduc! Le plafond d'avant Chagall, pas si lointain dans le temps, mais si désuet...

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    À droite, la maquette de l'Opéra Garnier et sa machinerie, des reconstitutions de décors...

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    P1090516.JPGBeaucoup d'autres choses passionnantes à découvrir dans cette petite section qui vous mène à ces horribles escalators puis vers le paradis impressionniste. Heureusement qu'on sait où on va, car ces escaliers mécaniques sont dignes du pire Prisunic! Allez, on va prendre l'air!

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    Le Salon de l'Horloge

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    Et après des échappées aériennes et vibrantes entre les tableaux les plus célèbres du monde. Un p'tit coup d'air, faut bien ça devant tant de chefs-d'oeuvre! Sauf que l'extérieur est aussi enchanteur... 

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    Et dans cette gare devenue musée, il y a une salle des fêtes qui vous laisse à chaque fois la tête à l'envers...

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    À la recherche de Seurat et de Signac, salles fermées.  Mais balade dans les coursives et l'oeil se régale encore et toujours!   

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    Oui, tempus fugit! Et à Paris, il est toujours trop court...  

    Voici un superbe lien pour découvrir l'histoire d'Orsay! 

    http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/de-la-gare-au-musee-dorsay-renove.html

    Train_wreck_at_Montparnasse_1895.jpgEt pour tordre le cou à une erreur fréquente sur le Net, ce n'est pas à la gare d'Orsay que le fameux train a traversé la façade... C'est à la gare Montparnasse. Jamais eu de vapeur à Orsay et l'accident date de 1895, la gare n'était pas encore construite!

     

     

     

     

  • Bling-bling mais pas que...

    Pour la plupart d'entre nous, Napoléon III symbolise une honteuse défaite militaire et quelque part l'usurpation d'un nom et d'un titre.

    C'est bien injuste.

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    Car Louis Napoléon Bonaparte, dans ses petits vingt ans de pouvoir, fait de la France une puissance coloniale, industrielle et moderne. Avec des dommages sociaux collatéraux, certes oui, cher Totor. 

    Démocratiquement élu Président de République en 1848, il commet en 1852 un coup d'État qui instaure le Second Empire et en fait dorénavant Napoléon III. Nourri de l'exemple anglais, il croit en la modernité industrielle, économique et financière. Il veut gommer le Congrès de Vienne et restaurer la grandeur de la France par la croissance.

    Qu'on l'admire ou qu'on le déteste, il faut lui reconnaître une vraie vision politique, qui fonde la France actuelle et qui nous fait bien défaut aujourd'hui. 

     Prospérité, euphorie économique, ostentation. Ah, cette fête impériale! 

    Bling-bling certes, mais pas que...

    L'expo "Spectaculaire Second Empire" que j'ai visitée au Musée d'Orsay ce week-end met en lumière son faste. Elle n'aborde ni les bouleversements sociaux, ni l'industrialisation, c'est un parti-pris assumé par les organisateurs. Elle fait la part belle au décor, à la mise en scène du pouvoir impérial et à l'ascension de la bourgeoisie triomphante. Et aux artistes.

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    Peintures, sculptures, photographies, dessins d'architecture, objets d'art, bijoux et un peu de musique brossent le portrait de cette époque foisonnante, brillante et riche en contradictions. Perso, je me suis laissée aller au plaisir de l'oeil, au bonheur de l'amatrice d'opéra pour laquelle ce fut une période bénie.

     

                     

     

    05._lansyer_choteau_de_pierrfonds2.jpgLes pièces présentées sont exceptionnelles; la scénographie efficace. Louis XIV, Boulle et Marie-Antoinette  sont en filigrane, mais l'art du Second Empire se veut savant : le néo-antique avec le style pompéien et le néo-gothique avec Viollet-Leduc. Notre vision de certains chateaux et des cathédrales lui doivent beaucoup. Vive Notre-Dame de Paris, le Haut-Koeninsbourg  et le château de Pierrefonds! Paris se métamorphose avec Haussmann et Garnier. 

    Alors ça, moderne? me direz-vous... Oui, car l'orientalisme japonisant, le travail incroyable de ces artistes-artisans préparent, à mon sens, l'art nouveau et l'art déco du siècle suivant. En réaction, certes, mais les savoir-faire ont été préservés et stimulés.

     

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    C'est une société hautement narcissique qu'on peut haïr. Mais par son goût des bains de mer, elle fera naître une nouvelle génération de peintres réalistes et plus tard impressionnistes. J'ai personnellement apprécié la scénographie présentant un Salon.  Vue dans bien des films, cette accumulation hétéroclite est étonnante pour nous!

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    L'époque est à l'opéra. 22._nadar_offenbach2.jpgUn attentat raté contre l'empereur conduit à la construction de l'Opéra de Paris version Garnier. Un bien bel instrument qui fait naître un genre musical, le grand opéra à la française avec lequel même Wagner et Verdi devront  composer. 

    Mais Offenbach veille au grain...  Il titille grave! Et on aime ça...

    Ceci dit, je laisse l'avis aux spécialistes. Mais quel bon moment!

     

    Les deux petits films que je vous propose expliquent et montrent l'essentiel de cette superbe exposition. 

      

     

     

     

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  • Nicolas, Nicolas...

    Je ne remercierai jamais assez mon amie Marga de m'avoir emmenée il y a bien longtemps au rayon "romans policiers" de la Fnac et de m'avoir conseillé la lecture des Enquêtes de Nicolas Le Floch par Jean-François Parot.

    Les romans policiers, j'avais coincé le curseur aux Maigret, mes parents s'en délectaient et m'enjoignaient de partager leur passion. Vainement. 

    Ainsi donc il existait des romans policiers historiques? Certes, le genre n'avait pas encore la vitalité et la diversité d'aujourd'hui (je suis fan depuis notamment des deux soeurs Claude Izner, de Michèle Barrière, d'Adrien Goetz et de Frédéric Lenormand).  

    "Achète le premier, me dit Marga, tu aimeras et tu dévoreras la suite". La prédiction se révèle exacte encore aujourd'hui pour elle comme pour moi, une véritable passion pour les professeurs de français et d'histoire que nous fûmes!

    Qu'aimons-nous tellement au fil des treize enquêtes menées par Nicolas le Floch, commissaire de police du Châtelet, département des Enquêtes extraordinaires?

    La découverte par le menu de la seconde partie du XVIIIème siècle (les dernières années du règne de Louis XV et celui de Louis XVI), le temps de l'Encyclopédie et la mutation des Idées, la lente et inexorable marche vers la Révolution, un Paris moyenâgeux fascinant et pourtant puant, fangeux...

    Jean-François Parot, en parfait historien érudit, y dépeint une société en pleine déliquescence, un pouvoir tétanisé par la crainte des attentats, des mouvements de foule et de l'espionnage, les luttes d'influence à Versailles, les guerres contre les Anglais, les alliances européennes, la naissance des États-Unis, quelles visions de l'Ancien Régime! Tout cela au gré d'intrigues policières passionnantes. 

    communiquepresse_3156_1.jpgLe succès littéraire fut tel que la chaîne France2 décida d'en faire une série télévisée.

    Les personnages prenaient alors des visages. Le choix des acteurs fut tellement adéquat que pour tout lecteur aujourd'hui, ils l'accompagnent immanquablement. On les voit en lisant !

    Nicolas, Sartine, Noblecourt, Semacgus, Bourdeau et Sanson, La Borde,  la macrelle Paulet...

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    93f5de82207eb7839ca81516a5948b30.jpgVoilà les personnages récurrents dont la vie et la psychologie vont évoluer pendant ces plus de 25 ans d'histoire. Il y aura aussi des femmes : Antoinette et Aimée, les favorites de Louis XV et Marie-Antoinette, Marion et Catherine...

    Même si on peut par certains aspects le rapprocher de d'Artagnan et de Fanfan La Tulipe, Nicolas n'est pas un héros sans peur et sans reproche. Enfant trouvé et recueilli en Bretagne, il a la hantise de ses origines. Il refuse un titre de noblesse mais se hérisse parfois face aux attaques républicaines de son cher Bourdeau. Il aime passionnément deux femmes mais est peu fidèle à l'une comme à l'autre. Avec l'âge, le panache fera place à l'introspection, même parfois à certains épisodes de franche dépression. 

    Louis XV puis Louis XVI le mettront en exergue, veilleront sur lui, la raison en sera élucidée dans la treizième enquête, la dernière parue, et nous sommes alors en 1786. La Révolution est bientôt là, comment la vivra-t-il? Y survivra-t-il? Je ne vous dis pas, les fans dont je suis sont tendus...  

    L'époque et le héros sont, vous le comprenez, terriblement attachants. 

    Attention aux candidats lecteurs: il faut lire les livres dans l'ordre. Chacun est très daté historiquement par l'intrigue construite autour d'un événement historique réel, mais aussi psychologiquement pour les personnages.

    Il est temps de faire le point avec l'écrivain... Jean-François Parot, ancien brillant diplomate. 

    J'ai tout lu au fil des parutions et je profite de ces vacances immobiles et fades pour tout relire d'un bloc.  

    Certes il y a l'intrigue mais très vite pour ma part, elle devient presqu'accessoire. Ce que j'aime par-dessus tout, c'est le contexte historique : la langue, la cuisine, Paris... Ça va faire l'objet de différentes chroniques. Vous n'êtes pas sortis de l'auberge!

    J'avoue que celle-ci était en gestation depuis longtemps mais la conférence-cours d'hier avec Monsieur Onkelinx sur le Platée de Rameau m'a donné l'envie de la concrétiser.

    La question : la langue du 18ème siècle finissant.

    Cette langue, de Beaumarchais et de Marivaux, elle est très présente dans l'oeuvre de Jean-François Parot. Il la reconstitue à merveille à petite dose, à bon escient, avec des formules imagées qui enchantent l'amoureu(se)x de la langue française. Un lexique organisé par chapitre vous attend à la fin de chaque volume si nécessaire.

    Un petit extrait de L'homme au ventre de plomb (qui commence avec la représentation des Paladins de Rameau justement):

    "Comment, vous ignorez que votre suicidé a un frère cadet? Je vous l'apprends donc. Le vidame de Ruissec a été de tout temps promis à la tonsure, sans que jamais son père n'ait consulté son goût ni sa vocation. Frais émoulu du collège, il essuya toute une litanie de persécutions et n'eut bientôt d'autre choix que de se jeter au séminaire pour échapper aux obsessions paternelles. Rien n'est définitif, ce n'est qu'un petit collet qui n'a reçu encore aucun ordre. Séduisant et séducteur il n'a, par ses paroles et par ses actes, jamais cessé de marquer son aversion pour l'état ecclésiastique qu'on lui veut faire embrasser. Eh! foutre, je le comprends. On le dit libertin à l'excès, il y met sans doute un peu de provocation. il aurait des inclinations vicieuses et cet étourdi sans principes aurait recours à des procédés violents et à des démarches aussi contraires à l'honneur de son nom qu'à une simple décence de l'habit qu'il porte."

    C'est très compréhensible mais avec ce qu'il faut de désuet, et parfois de sens dévoyé par rapport à notre français moderne. 

    De cette langue, que nous en dit Jérôme Robart, Nicolas Le Floch à l'écran qui dut "se la mettre en bouche"?  

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    Pas vraiment celle du XVIIIe, elle a le charme d'une langue musicale aux formules obsolètes. « Auriez-vous l'outrecuidance? », « Le bruit a couru qu'il se serait ensauvé du bagne de Brest », « La vérité est chose mobile et variable »… Autant de formules jubilatoires pour des dialogues épicés, dans une langue quasi morte et pourtant si vivante. a-t-on dit fort bien par ailleurs.

    Une jouissance de plus pour la passionnée de linguistique que je fus pendant mes études...

    Oh oui, Nicolas, on t'aime!

    La cuisine du XVIIIème, ça vous dit? 

    Des trucs insensés, nos cuisiniers les plus déjantés n'ont rien inventé! 

    À la prochaine!

     

  • Rebecca

    Rebecca, c'est Daphné du Maurier. 

    Daphné du Maurier (1907-1989)... Cette écrivaine anglaise old-fashioned que j'avais cataloguée (sans l'avoir lue, embarassedoups...) dans le genre Barbara Cartland...

    téléchargement (2).jpegJe me suis laissé séduire par sa biographie car j'aime la plume de Tatiana de Rosnay. Et puis la maison d'édition Héloïse d'Ormesson, c'est un gage de qualité!

    Le personnage que j'ai découvert m'a passionnée, bouleversée ; mes insomnies chroniques en ont été charmées. Tudieu, Daphné, quelle femme et quel écrivain! 

    Les précédents biographes s'étaient focalisés soit sur sa bisexualité, quelle débauchée!, soit sur sa volonté intangible de faire passer sa vocation d'écrivain avant tout, quelle épouse et quelle mère indignes ! Ce dernier argument explique l'énorme et éternelle distanciation entre l'avis des critiques littéraires contemporains (des hommes anglais misogynes) et ses lecteurs passionnés. 

    Tatiana nous raconte la vie de Daphné au gré des maisons qu'elle a habitées : Cumberland Terrace à Regent's park qui l'a vue naître, Cannon Hall où elle a grandi, Ferryside,où elle a pu laisser libre cours à son imagination pour ses premiers romans, Menabilly qui l'a totalement envoûtée et enfin Kilmarth, où elle a fini ses jours.

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    Londres est détesté ; les Cornouailles, le paradis. Daphné y vit divinement en pantalon, vieux pull, bottes et parka. Elle est casanière même si elle accomplit de nombreux voyages en Italie, en Grèce, en France, terre de ses ancêtres. Ils alimentent son imaginaire.

    Cadette d'une fratrie de trois sœurs, ses parents espéraient un garçon ; toute sa vie, elle conservera en elle un double, Éric Avon, qu'elle fera parler dans certains de ses romans et qu'elle fera vivre dans sa bisexualité. Un père comédien célèbre mais possessif, étouffant qui ne voit pas le tournant théâtre/cinéma et qui doit vendre son nom à un cigaretier pour conserver son standing financier ; un grand-père français caricaturiste célèbre, devenu romancier sur les conseils de Henry James. Daphné viendra étudier à Paris et restera toujours fière de ses racines françaises. Très vite, elle a envie d'écrire et de vendre ses romans, afin d'acquérir une certaine indépendance et d'échapper à son père.

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    Elle tombera éperdument amoureuse d'un bel officier, Tommy Browning qu'elle surnommera plus tard Tristounet car il fut marqué dans sa jeunesse par la guerre des tranchées de 14/18 et ne se remit jamais de la perte de ses hommes pendant le débarquement et la marche forcée vers l'Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. Ils furent anoblis par la Reine Elisabeth. Épouse modèle, elle le suivit au gré de ses casernements, en Égypte même. Ils eurent 3 enfants : Kits (le fils adoré), Flavia et Tessa (ici avec Tatiana). L'éloignement dû à la guerre, le détachement dû à la passion de l'écriture ruinèrent un temps leur couple mais reprenant la vie commune, Daphné se révéla un vrai soutien pendant des années contre la neurasthénie, l'alcoolisme et les penchants suicidaires de son mari.  

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    Mais Daphné est avant toute chose écrivaine. Elle sacrifie tout à sa passion. Elle travaille tous les jours plus de dix heures devant sa machine à écrire et lorsque l'inspiration si prolixe en son temps, se trouvera tarie, ce sera une grande souffrance. Des romans, des nouvelles par dizaines. Cataloguée romancière romantique, gothique, "féminine", ultime injure! La biographie de Tatiana, elle-même écrivaine, fait la part belle à cette zone d'ombre, celle de l'étincelle de l'inspiration mais surtout celle du travail, du sang et des larmes, des doutes et du désespoir, le fil du rasoir... Pour tout amateur de littérature, c'est un pur bonheur, la cuisine d'un roman révélée !   

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    article-2021986-0042CB0D000004B0-705_468x329.jpgTrois événements majeurs bouleversent à jamais la vie de la romancière:

    La publication de Rebecca qui, en un mois, se vend à 40 000 exemplaires et est traduit en français chez Albin Michel. Comment se relever d'un tel succès?

    Sa rencontre avec Menabilly, manoir qui a justement donné naissance à Manderley, le lieu de Rebecca. Daphné, malgré ses demandes, ne pourra en faire jamais l'acquisition, mais le transformera, l'habitera, le louera pendant plus de vingt ans et dira de celui-ci : « J'ai un peu honte de l'admettre, mais je crois que je préfère “Ména” aux gens ».

    Hitchcock porte à l'écran certains de ses romans, dont les terribles Oiseaux.

    Daphné vit au gré du temps des Cornouailles, une existence rude mais émerveillée par la nature et la solitude. Après Menabilly, il y aura  Kilmarth, une transhumance qu'elle aura orchestré au pire, au mieux, ne pouvant fléchir les héritiers de sa tanière chérie.

    Le 19 avril 1989 âgée de 81 ans, la romancière décède. Les éloges funèbres sont unanimes et le Daily Télégraph écrit « Dame Daphné écrivit vingt-neuf livres, dont la plupart sont des romances historiques ».

    Des romances historiques... Tatiana nous donne bien des clefs pour aborder les romans et nouvelles de Daphné de toute autre façon. Daphné est un auteur trouble, ambigu, noir, tragique, pas loin du masochisme.

    9782226314772-j.jpgAh! Voilà qui m'a emmenée bien loin de mon jugement de départ. Je suis allée acheter la nouvelle traduction de Rebecca parue au Livre de Poche, je vais découvrir!

    Car oui, Daphné ne fut jamais contente de ses traductrices. Elles ne faisaient qu'édulcorer le propos. Bienheureux soient ceux qui puissent la lire en anglais, dans toute sa noirceur, dans toute sa grandeur!

    Elle ne fut jamais satisfaite des films d'Hitchcock, même Les Oiseaux (qui  me terrorisèrent  à jamais). Celui-ci prenait bien trop de libertés dans ses scénarios par rapport aux oeuvres initiales et sans jamais en faire part à Daphné qu'il snobait honteusement.

    Rien de "féminin", vraiment!

    De la vie!

    Impression personnelle : Une vie de femme libre comme celle de notre chère Colette! Colette aimait les chats ; Daphné, les chiens

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    «La nuit dernière, j’ai rêvé que je retournais à Manderley…» : la phrase qui ouvre le roman Rébecca a fait rêver des générations de lecteurs. Tout le monde connait L’Auberge de la Jamaïque, Rebecca ou Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, mais l’auteur des oeuvres qui l’ont inspiré, Daphné du Maurier (vendue pourtant à des millions d’exemplaires et traduite en une quarantaine de langues), est aujourd’hui tombé dans l’oubli. Pourquoi Daphné du Maurier est-elle considérée comme un auteur de romans féminins, alors que ses histoires sont souvent noires et dérangeantes ? Que sait-on vraiment de son lien étroit avec la France, de ses liaisons longtemps tenues secrètes, des correspondances ténues que son oeuvre entretient avec sa vie, et dans laquelle elle parle beaucoup de son histoire familiale ? Portrait d’un écrivain par un autre écrivain, Manderley décrit minutieusement une vie aussi mystérieuse que l’oeuvre qu’elle sous-tend – toute de suspense psychologique –, et met en lumière l’amour fou de cette femme pour son manoir de Cornouailles. Un portrait tout en nuances de la plus énigmatique des romancières britanniques, mais davantage encore : un voyage littéraire sur les traces d’un des plus grands auteurs de best-sellers de son époque, méprisé par la critique mais adulé du public.

     

    Une interview passionnante de Tatiana de Rosnay (vous pouvez mettre les pages plein écran,dernier carré à droite, et agrandir les caractères avec la loupe...)