• Rendez-vous en terres connues (2)

    J'ai découvert l'amour de la montagne à l'adolescence, vous ai-je dit dans le post précédent. D'une façon un peu fortuite, à vrai dire.

    C'était l'époque bénie où l'administration communale, la Ville de Liège, était riche et gâtait les enfants de ses employés. Chaque année à l'époque de Saint-Nicolas, nous avions droit à un grand gala récréatif au tout nouveau Palais des Congrès avec à la fin une pluie de cadeaux et de friandises. À quinze ans, c'était un voyage de deux semaines, genre colonie de vacances à Madonna di Campiglio, alors petite station familiale du Trentin italien qui vivait dans l'ombre de Cortina d'Ampezzo, plus select. Mon tour est venu en juillet 1969... Carte postale de l'époque !

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    Le centre où nous logions se trouvait un peu en retrait de la station et nous avions ainsi tout le loisir de profiter des alpages environnants et des terrains de sport. Ah, les matches endiablés de volley, équipe de filles contre équipe de garçons qui se soldaient par écorchures plus ou moins graves aux genoux et quantité de doigts endoloris et retournés ! J'étais très sportive à l'époque, j'avais la chance de fréquenter le lycée Léonie de Waha et de profiter ainsi dans le sein de l'école même d'une grande piscine, de deux immenses gymnases, de terrains de basket et de volley ainsi que de tables de ping-pong dans la cour de récréation. Un luxe incroyable pour l'époque! De plus, mes parents n'ayant jamais eu de voiture, nous avions été, mon frère et moi, entraînés à la marche dès notre plus tendre enfance. 

    Aussi les balades montagnardes proposées lors de ce séjour à Madonna me ravirent, ce qui n'était pas du tout le cas des ados boutonneux qui m'entouraient. Nous partîmes donc pour quelques marches dans le massif de la Brenta, montagnes arides et caillouteuses.

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    Le séjour se clôtura par une montée en refuge et une excursion sur un chemin acrobatique du genre de celui-ci...

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    J'avais ainsi découvert ce qu'on appelle une "via ferrata". On en trouve aujourd'hui dans presque toutes les stations de montagne mais à l'époque, c'était encore une spécialité typiquement italienne et dolomitique. Au départ, il s'agissait de chemins creusés à flanc de montagne le long de vires et de fissures naturelles, et équipés de cables et d'échelles, permettant aux soldats italiens de se déplacer sans trop de difficultés dans le massif. Entre les conflits armés, elles faisaient la joie des alpinistes, et nos rois Albert Ier et Léopold III les fréquentaient assidûment. Il y en a des centaines dans les Alpes italiennes, de toutes difficultés, depuis le sentier "de bouquetin" jusqu'à l'ascension de parois, et même aujourd'hui des descentes en rappel et des ponts de singe! Un merveilleux terrain de jeux pour tous, sans grand danger pourvu qu'on respecte quelques règles de sécurité.

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    Bref, pour en revenir à l'année de mes quinze ans, j'étais ravie de mes vacances jusqu'à ce 21 juillet resté célèbre...

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    Jusque là, les monos avaient été super sympas mais durant ces heures tellement exaltantes, où tout le monde était scotché à la télévision, ils perdirent à jamais toute mon estime : ils avaient décidé de rester entre eux, et de nous parquer sur le terrain de volley, comme un "allez jouer les enfants, y a rien à voir"! Rien à voir ? Encore aujourd'hui, je me demande comme des adultes ont osé priver des jeunes de ce moment historique. Doublement frustrée j'étais, car si pas de voiture à la maison, pas de télé non plus, je ne savais tout juste pas ce que c'était! Alors, je m'en souviens parfaitement 45 ans après, il m'a pris une haine rageuse qui s'est terminée en crise de larmes presqu'hystérique. Moi qui d'ordinaire ne faisais jamais de vagues...

    Le lendemain, le chef est venu aux nouvelles dans mon dortoir et on a bien causé tous les deux. C'était un prof et la nuit portant conseil, il avait sans doute pris conscience de l'énorme bourde commise à notre égard. Il chercha à se faire pardonner et sachant que j'aimais (déjà) l'opéra et qu'il en était également grand amateur, il me proposa... de m'emmener un soir à l'Arena de Vérone avant notre retour vers la Belgique ! Il s'était sans doute laissé aller à cette proposition un peu trop vite car elle ne fut jamais exécutée, les autres l'ayant ramené à la raison devant pareille folle expédition!

    Mais s'il avait tenu parole, en ce mois de juillet 1969, j'aurais découvert dans Turandot ou dans Don Carlo un certain ténor qui depuis ce temps, fait battre mon coeur plus que tout autre... Il me resta donc à acheter six ans plus tard lors de mon premier été scaligère, ces photos  chez monsieur Bizzaza (le célèbre photographe officiel de l'Arena à cette époque).

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    (Plácido Domingo - Calaf - Turandot)

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    (Don Carlo - Domingo, Caballé, Inbal, Cossotto, Cappuccilli... quelle brochette!)

    Et quand Plácido évoquait la semaine dernière sur facebook ses débuts à Vérone il y a 45 ans, j'avais au coin de la mémoire toute cette aventure!

    Trouvé sur Youtube ce témoignage miraculeux de ces représentations, bonne écoute ! 

       

     

  • Rendez-vous en terres connues (1)

    J'ai eu souvent l'occasion ici d'avouer mon amour pour le Tour de France : l'exploit sportif bien sûr mais aussi le plaisir toujours recommencé et pourtant différent de se balader dans toute la France, par les routes et par les airs grâce aux hélicoptères et cette année, aux drones qui nous gratifient d'images absolument époustouflantes.

    Les deux étapes avant la journée de repos du 21 juillet m'ont ramenée en terres connues : l'Oisans de Grenoble à Risoul, et la Provence de la lavande vers Nîmes (même si celle-ci se montra sous un jour un peu glauque, terrible orage oblige).

    Nous avons, mon mari et moi, passionnément aimé la montagne que nous avons pratiquée par la randonnée, l'escalade, l'alpinisme et l'himalayisme, niveau amateur s'entend!

    Dès nos premières vacances partagées il y a 34 ans, nous sommes descendus en Provence et remontés par Chamonix. Mon homme, fusilier marin à l'époque de son service militaire qui avait fait son école nautique à Brest avec les frères Tabarly comme il aimait le raconter avec gourmandise, détestait la mer mais adorait la montagne... Moi aussi, j'aimais la montagne depuis mon adolescence (vous comprendrez pourquoi dans le post suivant). Une palpitante excursion sur la Mer de Glace (!) nous décida à nous inscrire au Club Alpin Belge, à faire nos premières armes dans la varappe comme on disait à l'époque sur nos superbes rochers ardennais, à découvrir la montagne par la randonnée et enfin à nous lancer vers les grandes courses. Nous sommes retournés souvent à Chamonix mais l'essentiel de nos vacances sportives se déroula dans le massif de l'Oisans. Dans le triangle d'or Grenoble, Gap, Briançon, il y a là un terrain de jeux extraordinaire à la météo exceptionnelle.

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    Nous avons deux fois parcouru le GR 54 "Tour de l'Oisans" et découvert ainsi le charme de chacune des 7 vallées. Mais ce sont le Valgaudemar et la Vallouise que nous avons surtout écumés au pas du montagnard!

    portes_03.jpgJe ne me souviens plus ce qui avait guidé, en 1981, notre choix vers La Chapelle en Valgaudemar mais je me souviens très bien de ma première impression : désastreuse ! Nous étions arrivés de nuit, avions dormi dans notre vieille Peugeot 204 en bordure du camping et aux premières lueurs de l'aube, j'avais découvert non pas un de ces pimpants chalets mais bien un habitat plutôt rustique où régnait en maître la tôle ondulée rouillée...

    Pour une fois, la première impression ne fut pas la bonne et très vite au gré de nos promenades, nous apprîmes à aimer cette vallée. Un paysage à la nature protégée, parfois luxuriante de végétation, grouillante d'eau tourbillonnante ou d'une âpreté désolée.

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    Les grands sommets nous devinrent familiers : le terrible Olan, les Rouies, le Sirac. Nous visitions, par des balades d'une journée, les refuges : le Pigeonnier, le Gioberney, Vallonpierre.

    Ah, Vallonpierre ! Thierry, mon petit beau-fils, nous accompagnait évidemment et avait envie de passer une nuit en refuge. On choisit Vallonpierre et on organisa bien les choses. Pour faire sérieux et lui faire acquérir le sens des responsabilités, c'est lui, du sommet de ses 9 ans, qui prépara son sac à dos (Papa ferait ensuite l'inspection minutieuse). Sauf que cette fois, il avait acheté une mignonnette de pastis afin d'offrir à son papa, le soir au refuge, l'apéritif... On cacha donc la petite fiole dans le K-Way replié et c'est tout fier, qu'il put lui servir son apéro favori dans un gobelet en plastique certes, mais rafraîchi par l'eau du torrent et sur la terrasse du refuge en face du lac devant un spectacle grandiose. Souvenir inoubliable qui m'émeut encore aux larmes en vous le racontant...

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    marmotte_04.jpgC'est à Vallonpierre toujours, au petit matin, que nous rencontrâmes un vrai champ de... marmottes, des dizaines de ces jolies demoiselles siffleuses se prélassant au soleil!

    L'année suivante, bien aguerris et ayant acquis la fréquence de pas adéquate aux marches d'approche, nous décidions de participer au camp de montagne de la section de Liège du Club Alpin, "Gentiane". Toujours l'Oisans mais cette fois, le haut de la vallée de Vallouise, Ailefroide. Du camping presque sauvage (il y avait tout juste un point d'eau et trois cabinets installés de l'autre côté de la route et suspendus au-dessus du torrent!) Pas d'électricité donc pas de frigo, pas de radio. Une toute petite épicerie qui se voyait chaque année fermée quelques jours par ordre de la répression des fraudes, les prix triplant ou quadruplant comme par magie la nuit du 13 au 14 juillet... Mais le lieu était enchanteur, les tentes étaient plantées au pied de la fameuse fissure escaladée pour la première fois par le grand Lionel Terray (un des vainqueurs de l'Annapurna)ailefroide-07-10_99_35.jpg

    et parmi d'énormes blocs de rochers qui accueillaient tous les matins une gloire montante de "l'escalade à mains nues" : Patrick Edlinger. Il devint un ami de notre groupe et quand je ferai une expédition (de spéléologie, cette fois) dans mon grenier, je retrouverai des dizaines de diapositives où on le voit faire le grand écart entre deux grattons ou se balancer sur un seul doigt... il nous fascinait!

    Mais nous n'étions plus là pour randonner mais bien pour grimper, cramponner, manier le piolet et la corde. En marche donc vers le Pré de Madame Carle, le Glacier noir et le Glacier blanc pour des écoles de neige et de glace. À nous, cette fois, l'ivresse des sommets atteints, le Pelvoux, les Agneaux, Neige Cordier et le plus mythique, une de ces montagnes qu'on n'oublie jamais : la Barre des Écrins, notre premier 4000. Comme le Mont Blanc ou le Cervin, elle a une silhouette unique au monde et la découvrir, simplement la découvrir, se mérite. Il faut monter jusqu'au refuge des Écrins (3170 m) et soudain, à la sortie d'un lacet, elle apparaît dans toute sa majesté.

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    Cela prend déjà toute une journée de marche pour atteindre le refuge. Mais quelle vue depuis la terrasse ! De la fin d'après-midi à la nuit tombée, on vit toute une symphonie d'émotions visuelles! 

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    Le lendemain, lever à 2h car il s'agit d'une course de neige et il faut profiter le plus longtemps possible du froid de la nuit. Comme pour le Mont-Blanc, on commence frustré : il faut (beaucoup) descendre jusqu'au glacier pour atteindre la base... Le Dôme de neige culmine à 4015 m, le vrai sommet après l'arête rocheuse à 4102 m.

    Si sa face nord est superbe d'élégance, sa face sud se présente comme une muraille sèche et compacte de 1500 m de hauteur d'un seul tenant. Les voies d'escalade y étaient trop difficiles pour nous mais nous avons souvent bivouaqué à son pied, en route vers d'autres courses. Dans ce désert minéral, se cachaient pourtant deux trésors : des plants d'edelweiss et de génépi. Étant dans un Parc National où la faune et la flore sont strictement protégés, il ne nous était permis de n'en cueillir que juste ce que la main contient. Une jolie cueillette tout de même qui nous permettait de confectionner une délicieuse liqueur pour l'hiver!

    L'Oisans nous subjugua de nombreux étés mais nous sommes partis également à la découverte du Queyras et de la merveilleuse vallée de la Clarée, paradis du randonneur et du skieur de fond. Vallée close par le pic du Galibier et à saute-mouton avec la frontière italienne, elle était encore peu connue au début des années 90, restée très sauvage avec un accueil touristique minimum. Tout pour nous plaire.

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    Mais il fallait tout de même bien se reposer de temps en temps. Et là encore, la région regorge de merveilles architecturales et culturelles. Nous avons mis du temps à découvrir le Briançon haut, la cité Vauban mais nous ne fûmes pas déçus et l'excursion devint un incontournable.Tout comme la chasse aux cadrans solaires que l'on commençait à restaurer ou l'aventure des mines d'argent très nombreuses dans la région.

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    Vous le voyez, cette région parcourue par le Tour reste une terre de bien beaux souvenirs personnels, une région que je vous engage, si vous ne la connaissez pas, à découvrir. Riche en activités sportives - vélo avec des cols mythiques, rando, escalade pour tous avec des via ferrata superbes, alpinisme, eau vive, voile sur le lac de Serre-Ponçon, ski en hiver à Serre-Che et à Montgenèvre - mais aussi riche d'un patrimoine humain et architectural très particulier, de paysages à couper le souffle, tout cela sous un climat presque provençal avec déjà quelques relents de lavande sauvage dans les narines. Le paradis, vous dis-je, courez-y !

  • Un tigre dans les nymphéas

    En cette année de commémoration du centenaire de la Grande Guerre, beaucoup d'entre nous redécouvrent Georges Clémenceau. Homme politique, journaliste, anticlérical, anticolonialiste, grand voyageur et grand amateur d'art, quelle personnalité protéiforme et moderne!

    Georges_Clemenceau_et_Claude_Monet.jpegSi celui qu'on nomma "Le Tigre" ou encore "Le Père la Victoire" fut proche de très nombreux peintres de son époque, c'est surtout sa longue amitié avec Claude Monet dont on se souvient.

    Cette amitié sert de toile de fond au dernier livre d'Adrien Goetz : Intrigue à Giverny.

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    Je vous avais déjà parlé de cet auteur dans un article de mon précédent blog :

    http://tempolibero.skynetblogs.be/apps/search/?s=P%C3%A9n%C3%A9lope

    Je vous y présentais les deux premiers livres qui mettaient en scène Pénélope, une jeune conservatrice de musées et détective à ses heures. 

    Préparant mon voyage à Paris et la visite de l'expo au musée Marmottan, je me suis laissée aller à acheter la quatrième enquête et je n'ai pas regretté sa lecture! L'histoire  y est rondement menée (Giverny, Paris, Monte-Carlo au moment du mariage d'Albert et de Charlène...) et comme dans le premier livre où on finissait par croire à la fiction à propos de la tapisserie de Bayeux, ici on se met à douter de la biographie officielle de Claude Monet !

    Adrien Goetz n'a pas son pareil pour nous instruire en nous amusant... Petite interview sympa:

    http://www.radiovinciautoroutes.com/fr/article/intrigue-giverny

     

    Voici l'excellent article de Jeanine Hayat paru dans le Huffington Post :

    Claude Monet et Georges Clemenceau, une amitié forgée dans la passion des jardins

    Dans la dernière partie de Clemenceau, le Tigre et l'Asie, remarquable exposition organisée par le musée Guimet, un tableau de Blanche Hoschedé, la belle-fille de Monet, saisit le visiteur par sa force et sa lumière. Il s'agit d'une vue du jardin et de la maison vendéenne de Saint-Vincent-sur-Jard, proche des Sables-d'Olonne, dans laquelle le grand homme s'est installé durant les mois d'été, à partir de 1920.

    Pour compléter cette agréable évocation, une photo grand format, radieuse, montre l'état actuel du bureau de Clemenceau à "Bélesbat". Par la fenêtre ouverte au-dessus d'une modeste table de bois, le visiteur peut apercevoir un magnifique jardin, à la fois oriental et confucéen, ultime œuvre d'un amateur d'art éclairé. Au loin, se profile le rivage de l'Atlantique.

    Dans la retraite du Tigre, ses nombreux visiteurs pouvaient admirer des poteries japonaises, des boîtes à encens (kõgõ), des laques, des estampes et deux étonnantes statues de renards posées de chaque côté de l'entrée.

    Dans une existence dévolue à l'action, Clemenceau avait une passion contemplative cachée. Homme de culture, écrivain et collectionneur, c'était un orientaliste de tout premier plan. La commémoration du centenaire de la Grande Guerre a opportunément fourni l'impulsion nécessaire pour révéler une facette méconnue de la personnalité du Père la Victoire.

    Son rôle de précurseur dans la découverte et la promotion des arts orientaux, de même que dans l'étude de l'hindouisme ou du bouddhisme, est désormais reconnu grâce au remarquable travail des responsables de l'exposition.

    Cela n'a pas été tâche aisée car, en 1894, Clemenceau avait dispersé une partie de sa collection dans une vente destinée à renflouer ses finances. Ses précieux objets sont donc aujourd'hui dispersés dans des collections publiques ou privées. Renseignés grâce au catalogue de la vente, les responsables de ce bel hommage se sont mis en quête des plus belles pièces. Ainsi, parmi d'autres, des objets destinés à la cérémonie du thé ou des estampes rappellent le goût exquis du maître.
    Une vue du Mont Fuji de Hokusai, propriété de Monet, est également exposée tant elle était familière à Clemenceau. Il pouvait l'admirer à chacune de ses visites à Giverny. Les deux hommes étaient des amis chers.

    À partir de 1864, année de leur rencontre, leurs destins s'étaient progressivement rapprochés. C'est pourquoi l'exposition, principalement consacrée à Clemenceau, est hantée par la présence de Monet. À la fin de leur vie, les deux hommes semblaient même inséparables. C'est si vrai qu'Adrien Goetz, écrivain et spécialiste en histoire de l'art, vient de publier un roman policier construit sur l'hypothèse que Monet aurait pu être un espion au service de Clemenceau!

    Dans Intrigue à Giverny, sous couvert de dévoiler aux lecteurs une nouvelle enquête originale, menée sous la direction de la délicieuse Pénélope Breuil, conservatrice au Mobilier national, et de son ami Wandrille, rédacteur en chef de Jardins Jardins, le narrateur insiste sur des zones d'ombre repérables dans l'amitié entre les deux hommes d'exception. Comme souvent, c'est une correspondance cachée, miraculeusement retrouvée, qui autoriserait à revoir leurs biographies convenues.

    Un Monet vient de faire son apparition sur le marché de l'art. Il est destiné à être offert en cadeau de mariage au prince de Monaco, Albert II et à la future princesse Charlène. Est-il vraiment de la main du maître ou serait-ce un faux ? Outre l'avis des spécialistes les plus avisés sur les peintres impressionnistes, la compétence des historiens est sollicitée pour expliquer les mystères de la vie de Monet. Fantaisie fictive, le roman est plaisant à lire car il propose une réjouissante galerie de portraits de conservateurs et de marchands d'art. On peut cependant reconnaître au texte, qui interroge le genre biographique et ses limites, un propos théorique plus sérieux. Il existe quantité de possibilités pour écrire le récit de la vie d'un homme, y compris le mode fictif.

    Comment Monet s'est-il enrichi tout à coup à partir de 1895? S'est-il trouvé en relation diplomatique avec Albert Ier de Monaco pour le compte du Tigre? Quel a été son rôle pendant la Grande Guerre? La maison de Giverny aurait-elle joué le rôle d'une boîte aux lettres dissimulant des secrets d'État?

    Si une correspondance secrète atteste de ces activités d'espionnage, elle doit se trouver à Giverny car le lieu est symbolique de l'amitié des deux hommes. Dans la fiction, les lettres sont effectivement retrouvées dans un tiroir secret...

    Durant l'enquête, le lecteur apprend que la maison de Giverny, abandonnée après la mort du fils de l'artiste, Michel Monet, a été intégralement rénovée et restituée dans son état d'origine sous la direction de Gérald Van der Kemp, ancien conservateur du château de Versailles, habile à solliciter la générosité des riches Américains.

    Les détails de cette exceptionnelle reconstitution, qui a conduit à l'ouverture de la demeure au public en 1980, sont rappelés. L'intérêt de Clemenceau pour les embellissements de Giverny était grand. Le Tigre avait d'ailleurs offert au peintre des poules faisanes japonaises afin qu'elles complètent l'harmonie du jardin.

    Monet a été le maître et l'inspirateur de Clemenceau en matière d'horticulture. En 1821, le peintre, venu en Vendée rendre visite à son ami, lui a fourni des conseils précieux. Il lui a indiqué quelques idées pour faire pousser dans les sables stériles des dunes de Saint-Vincent-sur-Jard toute une improbable sauvagerie de fleurs aux magnifiques couleurs: les roses tant appréciées mais aussi des iris blancs, des dahlias ou des giroflées et des cerisiers du Japon. Dans l'attente de cette visite, dans sa lettre du 26 septembre 1921, Clemenceau écrivait à Monet: "Le 4 à midi vous ferez votre entrée dans le sable où j'espère bien vous enliser."

    L'ouverture en mai 1927 des deux salles des Nymphéas à l'Orangerie des Tuileries, due à l'opiniâtreté de Clemenceau, témoigne de l'exceptionnel attachement des deux hommes et de leur dilection pour les beautés de la nature.

     

    Cette Intrigue à Giverny est donc une lecture vraiment réjouissante d'autant qu'Adrien Goetz a une plume alerte et ne se refuse pas quelques fantaisies stylistiques ! Ayant découvert Marmottan, j'ai relu le livre avec délectation et sous un tout autre jour et je ne rêve maintenant que d'une chose: aller à Giverny!

    Je vous propose un lien qui vous permettra de lire le premier chapitre :

    http://www.premierchapitre.fr/book_reader/desktop_pc/v3/index.php?tl=1&r=0&idk=462&idc=0fda21134499dc7011c287a78ce684b8&t=INTRIGUE_À_GIVERNY

    Bonne lecture à tous !

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    Et si vous voulez voir ou revoir Les Nymphéas, cet extraordinaire site, une merveille !

     http://www.urtado.com/pages/panoramiques.html

  • Chat perché!

    Juste un petit aparté.

    Je suis en train de vous rédiger un article bien sérieux (!) et voilà que soudain, le chien s'ébroue, couine doucement, entame une danse chaloupée au milieu de la cuisine, sous la bulle. 

    Je quitte mon clavier, fais quelque pas et... galope vers mon appareil photo : le spectacle en vaut la peine !

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    Tranquille, bien au milieu de la bulle!

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    L'observatoire étant immanquable sur les jardins, la scène dure, dure, dure. Le chien va et vient, de la cuisine  vers la cour et de la cour vers le living où j'ai repris ma rédaction. Impatient, il piétine jusqu'à me faire relever. Ah! il a raison  : le spectacle a changé!

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    La nuit tombe. La sentinelle demeure.

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    Le chien s'est lassé.

    Je suis retournée à mon clavier.

    Les oiseaux se sont tus et sont bien à l'abri dans leur nid.

    Na! Le chat perché!   

  • Impression, civilisation indienne

    Une journée à Paris née de deux envies : la mienne, de visiter l'exposition "Les impressionnistes en privé" au musée Marmottan ; celle de mon amie Barbara, de découvrir "Les Indiens des plaines" au musée du quai Branly.

    P1030396.JPGArrivée à Paris à 10h - retour à 17h25. Merci Thalys d'avoir été à l'heure, de nous avoir proposé un excellent plateau de petit-déjeuner et un en-cas bienvenu à l'heure du tea-time.

    Sept heures pour mener à bien nos deux projets, il allait falloir la jouer serré. Heureusement pour nous, les deux musées n'étaient pas trop éloignés l'un de l'autre et les connexions du métro simplissimes.

    Première étape donc, le musée du Quai Branly. Nous sortons à la surface place Maria Callas, en face du mémorial à Diana au pied du pont de l'Alma. Le temps n'est pas vraiment de la partie, il pluvine mais ce n'est pas très grave puisque l'essentiel de notre journée se passera dans les musées et le métro. Le bitume parisien, ce sera pour une autre fois ! 

    Pas le temps d'admirer l'architecture, le mur végétal, les superbes jardins ; il est 10h45 et il y a déjà une file de plus de 100 mètres. Notre billet de réservation FNAC nous sert de coupe-file et nous entrons presque les premières... 

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    Mus%E9e%20des%20civilisation%20la%20grande%20galerie%201.jpegJ'avoue mieux connaître les civilisations indiennes de l'Amérique du sud (cours d'histoire oblige) que celles des plaines du nord. Je me souviens simplement d'être allée dans une réserve aux environs de Montréal et surtout d'avoir visité le superbe musée des civilisations d'Ottawa qui m'avait  impressionnée par son architecture sans aucun angle et sa collection extraordinaire de totems. Si ma mémoire est bonne, ce musée reconstituait notamment des habitats et mettait en situation les pièces  présentées.

    Dans l'expo parisienne, c'est peut-être une des critiques que je formulerais : on est devant une sorte de catalogue d'objets pour la plupart présentés sous verre, c'est un peu trop répétitif et trop traditionnel à mon sens. L'autre remarque étant le manque de lumière. Pour quelle raison, cette pénombre? Il est bien difficile de faire des photos et même de lire les commentaires imprimés souvent en blanc sur fond ocre. Ceci étant dit, les pièces présentées (robes, mocassins, pipes et calumets, coiffes, armes...) sont d'une richesse artisanale fabuleuse. Voir ces milliers de toutes petites perles de verre de quelques millimètres cousues avec une telle régularité, c'est absolument incroyable.

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    Certaines pièces présentent également une recherche artistique avec expressivité et pureté des formes.

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    Je vous propose ci-contre un album-photos avec beaucoup d'autres objets ainsi que des réalisations d'artistes contemporains s'étant inspirés des techniques de leurs ancêtres.

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    http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/expositions/a-l-affiche/indiensdesplaines.html

    Il est 13h30. Un bref passage par la librairie du musée et nous démarrons vers Marmottan.

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    Nous sommes dans les beaux quartiers mais cela ne nous empêche pas d'avoir quelques sueurs froides : l'angle du musée est ceinturé par une file compacte. Si nous devons faire la queue, ce n'est pas la peine, il sera l'heure de notre TGV lorsque nous atteindrons l'entrée, surtout qu'on ne laisse entrer qu'un contingent  bien précis de visiteurs à la fois... Là encore, miracle FNAC, nous entrons tout de suite ! Voilà un bon plan à retenir, chers amis : réserver ses tickets d'entrée aux expos donne droit à un coupe-file ô combien appréciable, la petite commission réclamée vaut vraiment le coup!

    Comme me l'avait expliqué une amie fan de ce musée, il s'agit d'un hôtel particulier meublé, avec ses couloirs et ses petites pièces dans lesquels sont exposées les toiles. Première pièce, première toile et premier coup de coeur : mon cher Caillebotte!

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    Le côté intimiste des pièces  crée le charme du lieu mais devient vite un handicap quand une exposition draine autant de visiteurs et malgré le filtre opéré à l'entrée, pouvoir se reculer pour admirer un tableau devient vite une utopie... Et si vous avez le recul possible, il y a toujours un visiteur indélicat qui se glisse entre le tableau et vous et stationne, stationne... Mais la plupart du temps, vous ne pouvez que défiler, le nez dans la couleur, les yeux perdus dans les détails. Dommage. Mais ne boudons pas notre plaisir : il y eut notamment ce Caillebotte mystérieux et ce Monet annonciateur des vacances toutes proches.

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    Cent toiles, du pur bonheur, j'aurais juste voulu que nous soyons toutes seules à pouvoir nous imprégner de ces chefs-d'oeuvre! Les deux affiches de l'expo : Renoir et Caillebotte. 

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    Il est quinze heures, encore une heure et demie et on fonce découvrir tout le reste du musée. À l'aise, enfin!

    Ce musée a ceci de particulier que ses collections permanentes sont des legs de collectionneurs. Il y a de l'amour qui imprègne ces toiles, de l'admiration, du respect pour les artistes.

    Tout d'abord les salles consacrées à Monet et son fameux "Impression, soleil levant" qui m'apparaît bien plus chatoyant que sur les reproductions. La mer me semblait toujours un peu grisouille, ici elle se pare de beaux reflets verts. Et puis la grande salle avec les toiles préparant les nymphéas. 

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    Nous visiterons également à l'étage les salles consacrées à l'oeuvre de Berthe Morisot, une artiste dont j'ai découvert toute l'originalité lors d'une exposition l'an dernier au Château de Waroux à Ans. On zappera les salles Empire et on terminera, éblouies, par la section des enluminures. À ne rater sous aucun prétexte!

    Dans ce musée, photos interdites. Je me contente donc de quelques photos trouvées sur le web. 

    Vite, vite, on se rue vers la sortie, il est 16h40. Le TGV part de la gare du Nord à 17h25... Tout se passe bien, la RATP est avec nous. Nous arrivons juste quand le train est affiché, no problemo ! Et la suite est tout aussi cool : rentrées a casa à Ans à 20h30 avec la tête et les yeux en kaléidoscope!    

    Le très beau site du musée (peut-être la section sur l'exposition va-t-elle disparaître car c'est le dernier jour...)  

    http://www.marmottan.fr/page.asp?ref_arbo=2507

    Cet article paru dans La Croix, expliquant la structure de l'expo.

    Musée Marmottan-Monet, Paris, jusqu’au 6 juillet.
    Beau cadeau pour les 80 ans du musée Marmottan : une centaine d’œuvres venant de collections particulières du monde entier, pour certaines jamais exposées. Une occasion de faire quelques belles découvertes, y compris chez Monet, ou de survoler le mouvement des impressionnistes.

    On suit un parcours chronologique :
    Aux origines de l’impressionnisme. Des Corot, Boudin, Jongkind : la touche se libère peu à peu, la captation de l’instant et la lumière sont là, principalement dans ces paysages d’Île-de-France et de Normandie, les chevalets sortent de l’atelier. Un rare Bazille, un Manet nettement sous-représenté vu l’importance de sa critique de l’académisme pictural, mis à part une belle esquisse du Bar aux Folies-Bergère.
    L’impressionnisme vers 1874, date de la première exposition de groupe de ces peintres en révolte contre le goût imposé. Ils sont tous là : Monet, Renoir, Pissarro, Degas, Sisley, Berthe Morisot, et même Cézanne. L’accrochage fait la part belle au maître des lieux Monet, ainsi qu’à Berthe Morisot ; des Sisley, des Renoir ; ici trop peu de Cézanne, mais de beaux paysages structurés de Pissaro.

    L’impressionnisme de 1880 jusqu’à 1886. Des années très difficiles, le groupe se disperse en province et Paris, chacun suit sa propre voie.

    Gustave Caillebotte  : le bourgeois très parisien, véritable mécène des impressionnistes dont il lègue de nombreuses œuvres à l’État et que l’on ne cesse de redécouvrir, l’an passé à Paris, cette année à Yerres jusqu’au 20 juillet.

    Edgar Degas : l’ardent défenseur du mouvement qui se définit lui-même comme l’impressionniste réaliste. Quelques beaux pastels et une superbe sculpture.

    Au-delà de l’impressionnisme : le succès enfin, tardif et individuel, à partir de 1890 et jusqu’à la mort de Monet dont les œuvres tardives sont d’une grande modernité, à la limite de l’abstraction. On peut aussi aller revoir par la même occasion l’Impression soleil couchant et les célèbres Nymphéas dans les collections permanentes de Marmottan.
    Rien ou presque sur le rayonnement international : après les expos sur  les Macchiaioli et les Slovènes l’an dernier, il convient d’aller à Giverny jusqu’au 29 juin pour admirer « les Impressionnistes et les Américains ». 
    Une superbe expo donc, un peu limitée aux impressionnistes les plus orthodoxes, au risque de réduire l’impressionnisme à un style, au détriment de son impact novateur et subversif dans l’art moderne.