• La téloche et mes étonnantes découvertes (1)

    Lors d'une "passe d'armes" sur Facebook à propos de l'actuelle hystérie Pokemon, j'avais fait remarquer qu'à l'aube des années 80, les adultes avaient été pris d'une frénésie semblable pour la série Dallas qui vidait les rues une heure avant sa programmation. Certains refusaient même des invitations à dîner pour ne pas rater un épisode ! (pas encore beaucoup de video-recorder à l'époque).

    Là-dessus, une correspondante saisit l'os à moëlle pour proclamer victorieusement qu'elle, elle n'a pas de télévision, qu'elle fait partie de ces irréductibles chez qui ce média dégénératif n'entrera jamais... 

    J'ai vécu mon enfance et ma jeunesse sans télévision a casa ; mon frère n'étant pas un très bon élève, il ne fallait pas le distraire, avait décrété mon père. À l'époque ne l'ayant jamais regardée, elle ne m'a pas manqué. Mais j'avoue qu'aujourd'hui, j'adore! Les émissions culturelles de France 2, France 3, ARTE et France 5 m'enchantent et me font découvrir chaque jour des choses intéressantes.

    Ces deux derniers jours, par exemple, deux découvertes étonnantes, époustouflantes. Je vous en fais partager une aujourd'hui, l'autre demain.

    Hier soir, je voguais sur la Garonne entre Toulouse et Bordeaux, déjà un beau programme. Mais au milieu de l'émission Échappées belles, il y a toujours un petit entracte, une escapade au bout du monde. Et là, j'embarque dans le Transsibérien, arrêt en Birobidjan.

    Késako? Vous ne croyez pas si bien dire : un lieu improbable, une destination assez hallucinante, digne au prime abord de l'imagination d'Hergé...

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    Sur la route du Transsibérien donc, le long du fleuve Amour, à la frontière russo-chinoise, une République autonome juive, l'oblast de Birobidjan. Créé par Staline en 1934, voilà le premier état juif bien avant celui d'Israël en 1948.

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    Les motivations de Staline? Je vous laisse vous faire votre propre opinion en allant chercher les infos si cela vous intéresse... Un texte parfaitement documenté et bien intéressant de l'architecte belge Axel Fisher:

    http://www.fau.usp.br/iphs/abstractsAndPapersFiles/Sessions/24/FISHER.pdf

    Mais il y a une autre surprise dans cette histoire. On sait que "la ville blanche" de Tel-Aviv, créée en 1909 et future capitale de l'état d'Israël,  fut construite par des architectes venant d'Allemagne et d'Europe centrale très influencés par le mouvement Bauhaus, qu'ils ont ainsi construit plus de mille maisons dont 200 sont de véritables chefs-d'oeuvre classés par l'Unesco.

    À Birobidjan, il est aussi question du Bauhaus... Hannes Meyer, architecte suisse et directeur du Bauhaus de 1928 à 1930, en tant que marxiste offrit au GIPROGOR (l'institut soviétique du planning urbain) son expertise. Son projet: Comment transformer Tikhonkaya, petite ville en bordure du du chemin de fer, en la capitale soviétique du peuple juif, comment créer des modèles modernes de la culture juive en architecture? 

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     Plan de Hannes Meyer réédité par Axel Fisher

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    Un  documentaire de 2008 pour découvrir ce pays:

                                 

     

    Autre piste (je ne l'ai pas lu...): 

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    Merci à la télévision de m'avoir fait découvrir cette étonnante histoire. Et demain, il y en aura une autre, tout aussi passionnante!  

  • Le bonheur est au marché

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    Explosion de couleurs, de senteurs et de goûts. Sans oublier "l'accent" comme disait Gilbert Bécaud dans ses Marchés de Provence... Intemporelle, cette chanson ! Et avec B.B...

                    

    Nos marchés à nous, nos chouchous, c'étaient celui de Vaison-la-Romaine, le mardi et celui de Carpentras, le jeudi. On n'y achetait pas la même chose. À Vaison, le poisson, les épices, les picodons et les faisselles de chèvre, le pain rustique et les fruits. À Carpentras, le miel, les légumes, la tapenade et l'anchoiade, le poulet fermier rôti... À Vaison, il y avait aussi trois superbes étals de livres ; à Carpentras, les beaux tissus et les fleurs! Après le marché à Vaison, on se prenait un petit pastis au Bar à Thym et on rentrait a casa ou on allait pique-niquer dans les dentelles de Montmirail et on repassait dire bonjour aux amis à la cave coopérative de Gigondas. À Carpentras, on mangeait toujours au Malaga et on rentrait par Beaumes-de-Venise ou Vacqueyras, ou encore on faisait le détour par Orange et les amis de Chateauneuf-du-pape... Que du bonheur!

    Ces marchés, quel plaisir de les fréquenter au printemps et à l'automne, les commerçants avec les années étant devenus des copains qui saluaient avec chaleur amicale notre venue. En été, c'était autre chose. Fournisseurs débordés, on se saluait simplement par une clignette entendue (pour nous) et un "peuchère!" survolté (pour eux). C'était fou comme les marchés avaient aussi gonflé de toutes sortes d'échoppes attrape-touristes et de marchands flirtant avec les bordures de l'honnêteté... Ah! cette merveilleuse roue de comté qui avait fait de l'oeil à mon homme en plein cagna... Un morceau, monsieur? ben oui, un p'tit pour deux et hop, on se retrouve délestés de 25€. Difficile de rechigner au milieu d'un cercle de clients dégustant béatement les petits morceaux d'un fromage effectivement délicieux...   

    Qu'en avons-nous ri ensuite, de cette anecdote ! On s'était fait avoir comme des bleus... 

    ma-grand-mere-avait-les-memes.jpgLa Provence, ses marchés et tout le bonheur qui allait avec sont, pour un quatrième été, bien loin. Mais rangeant hier "quelques" livres, je suis tombée sur celui-ci. Philippe Delerm, je l'adore, on trouve toujours dans ses courts écrits une madeleine de Proust, un baume un rien nostalgique mais optimiste, ça croque la vie!

    Je feuillette et ô merveille, "Y a un peu plus, je laisse?" apparaît! Je lis avec gourmandise et oui, la madeleine de ce cher Marcel a marché et m'a inspiré ce post!

    Pas mauvaise fille, je partage le texte!

    Parfois c'est seulement "y a un peu plus". Mais même alors, le "Je laisse?" est sous-entendu, y compris la montée interrogative. le commerçant est devant sa balance, le regard rivé à l'écran, comme un prêtre à l'offertoire, candide et concentré. Il s'est donné du mal pour satisfaire vos désirs avec exactitude ; au milieu de quelques phrases enjouées, son sérieux est devenu légèrement ostentatoire. Pas si simple de jouer devant lui le rôle du pointilleux, non j'avais dit une livre, je n'en veux pas davantage. Bien sûr, on pourrait surjouer l'amabilité de ton pour compenser la rigueur des propos, vous seriez gentil de m'en enlever un peu s'il vous plaît. Mais on le sait. On est coincé. De toute manière, on en serait réduit à jouer le rôle du casse-pieds, et ce serait tellement peu dans la note, l'effervescence bon enfant du marché, la bonhomie de ce rapport humain que vous êtes venu chercher ici. Car vous avez un cabas à la main, ou un panier, pas un caddie. Vous n'arpentez pas des couloirs symétriques ; vous déambulez, le nez en l'air, sourire aux lèvres. Vous ne remplissez pas vous-même des sacs de plastique difficiles à ouvrir. Il vous faut un officiant ; la qualité du rapport que vous entretenez avec lui est l'essence de ce commerce authentique et déclinant dont vous vantez les mérites - moi, j'adore faire mon p'tit marché. 

    Alors il faut laisser, bien sûr, et même davantage. Manifester par votre attitude que vous ne soupçonnez pas le marchand de mauvaise foi, même si vous gardez pour vous quelques idées dont l'aigreur n'est pas de mise, c'est curieux, il n'y a jamais moins, depuis le temps qu'il pèse ses haricots, il doit commencer à maîtriser son truc, à cinq euros le kilo, il ne s'embête pas. Mais le regard s'est détaché de la balance. Pour prolonger sa déférente interrogation, il plonge dans vos yeux. Vous faites semblant d'y lire la fraîcheur du maraîcher, non la rouerie du commerçant. Des clients attendent à vos côtés, vous savez bien ce que le public espère. C'est l'heure de la jouer grand seigneur, avec une infime réticence qui vous sauve à vos propres yeux, je ne suis pas dupe mais je connais mon rôle. Une moue approbative des lèvres, une oscillation approbative du chef, un battement de paupières. "Ça ira."

    Philippe DELERM, Ma Grand-mère avait les mêmes, les dessous affriolants des petites phrases, 

    Le goût des mots, Points

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    Goûtez Philippe Delerm, savourez-le à petites doses délectables, comme de succulentes et subtiles verrines!

    Un article dans mon précédent blog sur toute la famille Delerm! (copiez le lien dans votre navigateur):

    http://tempolibero.skynetblogs.be/archive/2011/11/index.html

    Bonne lecture, les amis!  

  • Un autre Godard

    C'était il y a quelques jours, écoute un peu distraite de Musiq3 en faisant la vaisselle. Les corvées passent mieux en bonne compagnie! Et bonne compagnie, il y eut, plus que je ne l'imaginais...

    Cela commença par cet air, mélodie devenue un rien sirupeuse par la voix de tout bon tenorino qui se respecte et par tout autre instrumentiste pataugeant un rien dans la guimauve... Écoutez! 

     Benjamin Godard, lisez-vous. Ce n'est pas l'instrumentiste, c'est le compositeur.

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    Benjamin Godard (1849-1895) fut élève du conservatoire de Paris où il étudia le violon avec Henri Vieuxtemps. Sa production? Compositeur d'opéras : Les Bijoux de Zalamea (Anvers, 1884), Jocelyn, d 'après le poème de Lamartine (Bruxelles, 1888), Dante (Paris, 1890), La Vivandière (Paris, 1895) et Les Guelfes (Rouen 1902) ; mais également des symphonies: la Symphonie gothique, la Symphonie orientale, la Symphonie légendaire. On y ajoutera des concertos pour violon et piano, des sonates pour piano et violon et piano et violoncelle, de très nombreuses mélodies.

    Atteint de tuberculose, il se retira sur la Côte d'Azur où il mourut à l'âge de 45 ans. Outre les opéras posthumes, des éditeurs firent paraître également des recueils pour piano.

    Il connut une gloire certaine : des bustes, des statues et une rue dans le 16ème arrondissement de Paris en témoignent (hier et aujourd'hui).

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    Mais quoi ou qui, me direz-vous, a attiré mon attention sur ce compositeur que certains qualifient de Brahms ou de Chopin français? 

    C'est notre pianiste Éliane Reyes, l'invitée de cette émission de Musiq3 que j'écoutais, les mains dans l'eau romantiquement savonneuse.

    Elle le connaît sur le bout des doigts, lui ayant consacré deux CD:

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    Vous voulez en savoir plus?

    Une bien belle interview de cette pianiste...

    http://www.tutti-magazine.fr/news/page/Eliane-Reyes-pianiste-Benjamin-Godard-Nicolas-Bacri-Interview-fr/

    Et puis une rétrospective vénitienne :  

    http://www.bru-zane.com/?page_id=16191&lang=fr 

    (comme d'habitude, copiez les liens, ils sont inactifs dans le blog...)

     Bonne découverte à tous!

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