Nouveau tempo libero - Page 2

  • Commentez si vous voulez!

    letter_computer.jpgBonjour à tous! 

    Certains, parmi vous, regrettent de ne plus pouvoir faire de commentaires sur d'anciennes notes. En effet, le délai le plus long autorisé par Skynet est de 6 mois et puis on ferme! Ce matin en chipotant dans la partie "gestion", j'ai pu les rouvrir tous depuis la création du blog. Combien de temps cela durera-t-il, je ne sais. Alors profitez-en tant que cela marche, à vos claviers! 

  • Les eaux de Clémence

    Au début, il y a quatre cadors: Louis, Charles, André et Jean-Baptiste.

    André et Louis possèdent des agences sur Paris et travaillent dans toute l'Europe: l'un est spécialisé dans la création de jardins, l'autre dans les techniques de construction. Jean-Baptiste, lui, porte le surnom d'humaniste des jardins potagers. Quant à Charles, il dirige l'Académie royale de peinture et de sculpture. Une solide amitié les lie, une profonde amertume aussi, tant et si bien qu'ils se sont baptisés secrètement "les Compagnons de Vaux", en hommage au surintendant Fouquet qui eut le génie de réunir leurs talents.

    Mais depuis le 17 août 1661, ils tremblent d'être entraînés dans la disgrâce décrétée par Louis XIV.

    Le Roi, dans la fougue de ses 22 ans et sous les insinuations perfides et répétées de Colbert, foudroie l'Ecureuil pour laver l'humiliation supposée. Cependant dans la découverte de la perfection du château de Vaux-le-Vicomte et de ses jardins, le grand bâtisseur qui sommeille en lui sait reconnaître le génie de Louis Le Vau, de Charles Le Brun, d'André Le Nôtre et de Jean-Baptiste de La Quintinie, nos fameux cadors! Il les épargne; mieux, il les engage pour transformer le pavillon de chasse à l'abandon de son père à Versailles en un lieu calme et confortable où il pourra se reposer, donner quelques fêtes et satisfaire sa passion des jardins et jeux d'eaux.

    Les jeux d'eaux...

    Comme hydraulicien, Fouquet avait engagé Claude Robillard. Pour Versailles, Le Vau et Le Nôtre vont proposer au roi François de Francine avec lequel ils avaient déjà travaillé à Fontainebleau et à Saint-Germain. 

    Le quatuor amical devient alors le quintette de base dans la conception de Versailles. Les amis ne se quitteront plus, habitant des maisons contiguës afin de travailler ensemble jour et nuit au gré de leur inspiration et des volontés royales. 

    De ces cinq premiers concepteurs de Versailles, François de Francine est le moins connu, presque tombé aux oubliettes. Aucun portrait de lui. Et pourtant que n'admire-t-on pas encore aujourd'hui les Grandes Eaux, son chef-d'oeuvre ! 

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    D'où vient-il et qui est-il?

    Les membres de la famille Francini sont originaires de Toscane et ont travaillé en tant que fontainiers pour les Médicis qui les anoblissent. Tommaso Francini est appelé en France par Henri IV pour les travaux du château de Saint-Germain-en-Laye. Il est aidé par son frère Alessandro sur le château de Fontainebleau. Ils se spécialisent dans l'édification de grottes et leur ornementation par des jeux d'eaux d'automates. On leur devrait également d'autres réalisations comme la fontaine des Médicis dans le jardin du Luxembourg et l'aqueduc d'Arcueil. La famille naturalisée, ils se nommeront dorénavant Thomas et Alexandre Francine puis de Francine, Marie de Médicis  ayant confirmé lors de sa Régence leur petite noblesse italienne.

    François (1617-1688) est le fils de Thomas. Son terrain d'expérimentation sera les jardins de Versailles. Il devra dès le début se battre contre une difficulté récurrente : amener suffisamment d'eau. Il installera notamment de grands réservoirs souterrains, des moulins à vent, des pompes et une fonderie, afin de produire les premiers tuyaux en fonte permettant un transport plus performant que ceux en bois ou en plomb habituellement employés. À lui le plus haut jet d'eau de l'époque (27 m). Au fil du temps et des monarques, bon nombre de ses réalisations ont disparu (comme la fameuse grotte de Thétis animée par un orgue d'eaux qui imitait le chant des oiseaux) ou ont été remaniées. 

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    sans-titre.pngCette "bataille de l'eau", avec en toile de fond la lente et incessante élaboration de Versailles, nous est racontée dans le livre de Jean Diwo, La Fontainière du Roy. C'est Clémence, la fille (inventée) de François de Francine qui va nous servir de guide. Elle aime se baigner à la nuit tombée dans les grands bassins du Jardin, elle manie les clés-lyres pour ouvrir et fermer les vannes, elle est chargée par son père de siffler discrètement lors du passage du roi devant une fontaine afin de transférer l'eau vers la suivante, donnant ainsi au monarque l'impression que tout fonctionne en même temps, elle est paternellement aimée par Le Nôtre qui souffre d'avoir perdu tous ses enfants...

    Avec elle, on découvre la grande aventure architecturale, le développement de la vie à la Cour, l'activité guerrière et diplomatique, la vie quotidienne d'une famille de toute petite noblesse, quasi roturière. La condition de la femme également car Clémence a une sacrée personnalité! On y rencontre Jean de la Fontaine et Madame de Sévigné qui resteront fidèles à Fouquet, Molière, Lully, les favorites successives et bien plus encore...

    Tout cela est écrit dans une langue d'aujourd'hui, dans un style agréable avec un allant de grande saga d'autant que notre "Ondine" vivra d'autres aventures dans un second livre narrant une  grande réalisation de Louis XIV aujourd'hui disparue...(ce sera pour un prochain post!) Grande rigueur historique également puisque l'auteur indique en notes de bas de page les documents consultés.

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    Ce premier volume a le mérite de remettre en lumière ce François de Francine, injustement oublié! Pour ma part, ce fut une véritable découverte. Ci-dessous, le square des Francine à Versailles, construit sur l'ancien abreuvoir à chevaux... Une rue porte aussi le nom de Thomas Francine dans le 14ème arrondissement de Paris.

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    Pour en connaître un peu plus sur Versailles, ce superbe site: www.chateauversailles.fr     

    Jean DIWO, La fontainière du Roy, J'ai lu n°5204

    Bonne lecture et bonnes découvertes!

  • Les métamorphoses du cello

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    C'est le miracle musical à chaque retour de l'été: le Concours Musical International Reine Elisabeth de Belgique, le CMIREB, passionne les mélomanes avertis et occasionnels, la radio et la télévision retransmettent tous les niveaux d'épreuves: éliminatoires, demi-finale et finale. On attend tard dans la nuit le palmarès et on le commente comme un match de foot! 

    Cette année, la passion était à son comble car après le violon, le piano, la composition, le chant, c'est le violoncelle qui rejoignait la grande famille du concours. L'occasion de découvrir des artistes, un répertoire, l'histoire de l'instrument...

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    Instrument à archet de la famille du violon, inventé à la fin du XVIe siècle, il prend place entre l'alto et la contrebasse. Il est caractérisé par la pique réglable, fixée à l'extrémité inférieure, qui permet d'avoir un meilleur point d'appui, depuis le XIXe siècle. Les grands luthiers italiens Andrea Amati, Gasparo da Salò et Antonio Stradivari en ont construit de beaux exemplaires. Concurrent de la viole de gambe, il finit par s'imposer, par sa sonorité plus forte.

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    Le répertoire est extrêmement vaste même si Mozart et Beethoven ne lui ont pas composé de concerto spécifique. Mais il prend sa revanche à la fin du 19ème siècle, au 20ème et aujourd'hui encore, la création étant boostée par de grands interprètes comme Paul Tortelier, Mstislav Rostropovitch et les virtuoses d'aujourd'hui. 

    Jacqueline du Pré (1945-1987) et Mstislav Rostropovitch (1927-2007)

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    Mais vous lirez ailleurs des analyses plus complètes et plus savantes!

    Mon propos ici différent... J'ai envie de partir en goguette et de vous parler d'autre chose...

    Sa forme, par exemple. Il fut "da braccia" et porté en bandoulière sans pique...

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    Aujourd'hui, il prend des formes psychédéliques en version électrique...

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    Mais il peut aussi décoiffer en restant BCBG... Thunderstruck de AC/DC en perruques poudrées, ça vous dit? ça décoiffe, ça dézingue, ça déboîte! Écoutez!

     


    Et la relation à deux? Par leur position, le violoncelle et l'instrumentiste s'enlacent...Qui sont-ils donc l'un pour l'autre? Il? Elle?

    Lors de la finale du CMIREB, on a posé la question aux hommes... pas aux deux jeunes femmes, question de pudeur? 

    Les Russes vous diront que c'est "elle" car dans leur langue, c'est un nom féminin. D'autres vous diront que c'est "il" car c'est leur alter ego, leur meilleur ami à qui on donne l'accolade fraternelle... D'autres encore vous parleront de l'ancrage terrien fort avec les genoux, les pieds et la pique... 

    Amedeo Modigliani - Joseph De Camp

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    Plusieurs finalistes avaient coiffé le haut de leur instrument d'un chiffon, d'un coussin, question de protéger le vernis de la sueur du corps ou ses seins pour une jeune femme. 

    Et dans les autres arts, quelle est la place du violoncelle? Assez peu de représentations en peinture mais un joli dessin animé du Japonais Isaho Takahata : Goshu, le violoncelliste. Où il est question tout d'abord d'un chat piégé... De Beethoven, de Schumann aussi!

     

     

    Mais pas que...

    " Goshu est un violoncelliste maladroit et timide, toujours réprimandé par son professeur. Il va être aidé dans la préparation de son concert par la visite d'une succession d'animaux : un chat un coucou, un tanuki et un mumot, chacun lui apportant des vertus telles que la patience, le goût de la communication et la rigueur. Le chat, provocateur, insolent et chapardeur, révèle à Goshu sa faculté d'exprimer sa colère. L'oiseau chantant son fameux « coucou » sur deux notes est un modèle pour Goshu qui tentera de multiples variations sur cet air ; le tanuki approfondit l'enseignement du rythme avec son tambour. Enfin, la souris suppliera Goshu de jouer pour la guérison de son souriceau malade, ce qui sera l'occasion pour Goshu de faire montre de sa compassion et de sa générosité. Ces animaux, dans leur comportement authentique, auront tous contribué, par l'échange, à l'apprentissage intime du jeune héros"

    P1100313.JPGQuestion chat, mon Casanova avait résolu le problème! 

    En littérature?

    Une histoire incroyable m'est tombée sous les yeux avec un certain Maurice Maréchal. 

    Appelé sous les drapeaux à l'âge de 22 ans, le violoncelliste Maurice Maréchal n'était pas destiné à devenir soldat, il se destinait à une carrière de concertiste quand il a été mobilisé. Un autre musicien, le violoniste Lucien Durosoir, fait appel à lui pour constituer un quatuor à cordes, à la demande du Général Mangin. Ils deviendront ainsi les musiciens officiels de l'état-major, premiers éléments de ce qui deviendra la "Musique aux armées" (pendant la Seconde Guerre Mondiale, on y retrouvera notamment Francis Lemarque). Avec l'interprétation d'oeuvres de musique classique ou de compositeurs de leur temps, ils distraieront surtout les officiers, ce qui leur permettra de jouir d'un confort et d'une sécurité relatifs.
    Pour se produire lors de ces concerts, Maurice Maréchal convainc deux camarades soldats, menuisiers dans le civil, de lui fabriquer un violoncelle. Constitué avec les moyens du bord, une caisse de munitions allemandes et des morceaux de porte en chêne, ce violoncelle, que Maurice Maréchal a surnommé "le Poilu", se produira même à Verdun! Il est aujourd'hui exposé à la Cité de la Musique. 

    Après la guerre, Maurice Maréchal entamera une brillante carrière de concertiste, puis deviendra l'un des plus illustres professeurs de violoncelle du Conservatoire Supérieur de Paris. Son ami Lucien Durosoir se consacrera surtout à la composition. 

    51XPibveM6L._SX210_.jpgCette extraordinaire histoire a inspiré Hervé Mestron qui a écrit un roman pour la jeunesse "Le violoncelle poilu" dans lequel il donne la parole à l'instrument. c'est lui qui décrit la vie dans les tranchées, qui dépeint les émotions, les peurs et la misère des soldats. 

    J'ai dû attraper la grippe dans cette grotte humide. Mes cordes sont fausses, mon timbre enrhumé. Une lueur cependant traverse le visage de mon violoncelliste. Sans un mot, il me plaque contre lui et se met à jouer une phrase de Beethoven.
    Notre duo maladroit me bouleverse. Le bois s'est décollé dans le fond de ma caisse, ceci expliquant mes problèmes de sonorité, et Maurice, les membres engourdis, pose des doigts malhabiles sur ma touche. Une lumière jaillit cependant du trou noir.

    Au cours de l'histoire, le violoncelle est détruit par un obus : Une sensation de froid se propage dans ma caisse, depuis la pique jusqu'au sillet. Je suis en miettes. J'ai explosé en mille morceaux, pareil à un verre sur du carrelage. Mes cordes pendouillent dans le vide, mon souffle s'amenuise. 

     

    On peut aussi, en consultant l'iconographie, constater que les Poilus avaient confectionné des instruments minimalistes dont se sont sans doute inspirés les designers d'aujourd'hui!

     

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    Vous le voyez, l'histoire du violoncelle est passionnante! Et que dire de ses métamorphoses en tant qu'objet et en tant que vecteur d'un grand répertoire du 20ème siècle car il est le chouchou des compositeurs contemporains. Vivement dans quatre ans...

     

  • Au fil du fil et de la Seine

    Pour beaucoup d'entre nous, la Seine c'est le fleuve majestueux et romantique qui traverse Paris. Mais à part cela, des 770 km de son cours, que sait-on? J'en ai découvert toutes les beautés dans une récente émission télévisée.

    France_relief.jpgD'où vient-elle? Du plateau de Langres. La source n'est pas très loin de Beaune. Où elle va, on s'en doute, à la mer ! Mais dans des paysages dignes en beauté de ceux des bords du Rhin: ce sont les boucles de la Seine, paradis impressionniste qui démarre à Giverny. 

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        Le Havre est certes le port de mer à l'embouchure mais d'énormes bateaux, slalomant entre boucles et méandres, remontent l'estuaire jusqu'à Rouen, spécialisé à l'époque dans les céréales et le textile.

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    Entre Rouen et Paris, on rencontre Les Andelys où Richard Coeur de Lion installa Château-Gaillard, sa forteresse à la frontière du royaume de France et de celui d'Angleterre, à 100 km de la capitale.

    La Seine maritime est bordée de jolis châteaux, de nombreuses abbayes et de quelques filatures en ruines. 

     Arrêtons-nous à Radepont, entre Rouen et les Andelys. Tout y est : le joli château, construit sur les ruines de la forteresse rasée par Philippe Auguste et une abbaye cistercienne, celle de Fontaine-Guérard, transformée en filature au début du XIXème siècle. 

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    Le domaine est acquis par les Levavasseur, famille de capitaines d'industrie, armateurs et manufacturiers. Et c'est alors que surgissent quatre tours dans le plus pur style gothique anglais...

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     Approchons de ces ruines qui semblent être celles d'une formidable cathédrale...

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    Suite aux incendies successifs de la filature de Fontaine-Guérard installée dans l'abbaye, la famille Levavasseur décide de faire construire un nouveau bâtiment. Les travaux commencent en 1857. L'usine, de style néogothique anglais mesure 96 m de long pour 26 m de large. Les cheminées, cachées dans les tours aux quatre coins, s'élèvent à 38 m de hauteur, sur 5 niveaux de planchers. Une deuxième filature, dite « petite filature » est construite à proximité. En 1861, l'usine commence sa production.

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    Hélas le 23 août 1874, un incendie ravage la grande filature. L'assurance ne pouvant prendre en compte la totalité des travaux, seule la petite filature est restaurée et remise en activité. Deux autres incendies : en 1913 et en 1946. Nous restent ces formidables ruines...

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    L'incendie dévastateur de 1874 aurait été causé par une surchauffe dans un grenier, surchauffe due au soleil d'août qui serait passé par la grande rosace qui surplombait l'entrée (on en voit encore la base ci-dessus à droite) et aurait enflammé les ballots de coton américain entreposés.

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    Dans les années 1960, le département rachète le site et prévoit sa restauration pour permettre la visite d'un des derniers témoignages des grandes filatures normandes du milieu du XIXème siècle, construites comme les châteaux de l'industrie du Nord de la France.

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    Quel endroit  magique pour rêver! À découvrir sans aucun doute au fil du fil, richesse de Rouen au XIXème siècle, et au fil de la Seine...

  • Une longue et terrible épine

    C'est une toute petite île. Regardez, à quelques encâblures de Plaka juste en face. La Crète, golfe de Mirabello le bien nommé. Une Méditerranée paradisiaque de carte postale. 

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    Comme une épine dans le bleu, une épine plus longue que large, d'où son nom "Spinalonga". 

    Au gré de l'histoire mouvementée de la Mare nostrum, elle fut tout d'abord une place forte antique puis, face à l'ennemi ottoman, un bastion vénitien qui recueillait les chrétiens en fuite.

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    En 1715, elle tomba finalement aux mains des Turcs jusqu'au début du 20ème siècle.  

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    Et ensuite, me direz-vous? 

    Le destin contemporain incroyable de ce caillou, je l'ai découvert dans L'Île des oubliés de Victoria Hislop , un best-seller qui m'entêtait un rien à le voir, en version poche, fleurir chez tous les libraires avec un bandeau rouge alléchant barrant une superbe photo grecque pur jus.

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    Je l'ai acheté et j'ai commencé la lecture. Les premières pages me déçurent superbement, dialogues "dignes" d'Amour, gloire et beauté, style assez plat. Déçue, j'étais déçue, mais je me suis accrochée, je n'avais rien d'autre à lire sur le coup, mais surtout je me disais qu'il y avait dans ce livre plébiscité certainement un secret que j'allais découvrir au fil des pages.

    Er ce fut le cas.

    Encore aujourd'hui, cette lecture m'occupe l'esprit. Oh, ce n'est pas vraiment l'intrigue car, malgré de nombreux rebondissements, elle est relativement devinable comme toutes ces sagas familiales : une jeune fille qui part à la recherche de ses racines, mais quelles racines...

    Elles poussent à Spinalonga, certes une  petite île crétoise du golfe de Mirabello mais aussi la dernière léproserie d'Europe, fermée en 1957!

    Etait-il possible qu'à l'époque de ma naissance une telle horreur existe encore en Europe? Dubitative,  même si les oeuvres du Père Damien me reviennent en mémoire. 

    Je me suis alors demandé si ce lieu, pourtant parfaitement situé et décrit, existait vraiment et si son destin funeste était réel.

    Oui, cette île que je vous ai présentée tout au début comme paradisiaque fut, de 1903 à 1957, considérée comme un mouroir immonde. 

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    Dans le livre, nous emboîtons le pas de ceux qui, devenus lépreux, prennent le bateau pour un voyage sans retour et qui sont terrorisés par le monde qu'ils vont découvrir, une fois passée la porte de Dante.

    C'est une prison à ciel ouvert, un déchirement car ils voient les villages de la côte éclairés de vie avec leurs proches qui y vivent. Certains chercheront à s'échapper, happés par les eaux ou, arrivés au littoral, lynchés par les Crétois terrorisés par la crainte de la contagion. Mais la plupart..., je ne vous en dis pas plus, lisez! 

      

    derniere-danse.jpgville orpheline.jpegBref, le secret de Victoria Hislop n'est sans doute pas un style flamboyant (quoique, la traduction trahit parfois) mais son pouvoir de nous faire découvrir les drames contemporains de la Méditerranée.

    Notamment la guerre à Chypre en 1970 avec La ville orpheline, la guerre civile espagnole avec La dernière danse... Pas encore lu mais je suis sûre qu'ils vont m'en apprendre beaucoup.

    Victoria Hislop est attachante quand on la découvre, parfaite francophone dans ses interviews que vous pouvez retrouver sur Internet.

    Son site en français:

    https://www.victoriahislop.com/?lang=fr

     

    Beaucoup de films accompagnés du son du bouzouki, encombrés de touristes vous permettront de découvrir ce cailllou déjà filmé par Werner Herzog dans Dernières paroles et Jean-Daniel Pollet dans L'Ordre.

    Mais après la lecture du roman, ces petits films touristiques m'apparaissent comme indécents même s'ils nous permettent de découvrir l'île d'aujourd'hui. 

    J'ai trouvé ce petit film de 1935...

     

    Et puis tout de même un docu d'aujourd'hui, je l'ai choisi pour son calme et surtout parce qu'il nous fait pénétrer dans l'île par la fameuse "porte de Dante", couloir qui paraissait au lépreux comme un terrible purgatoire entre le paradis des vivants qu'il quittait et l'enfer qu'il allait découvrir, comme un adieu à la vie...

     

    Bonne lecture, bonne découverte! Certes tout est très convenu mais le cadre est humainement et historiquement bouleversant. Donc enrichissant!