Nouveau tempo libero - Page 4

  • Musée-jardin

    En ces périodes glauques et barbares, la beauté est une échappatoire vitale, une stimulation jubilatoire et un repos, tout à la fois.

    C'est ce que nous offre le nouveau musée de la Boverie.

    On y vient par la navette fluviale ou par les quais rénovés et la passerelle La belle Liégeoise, déjà on respire!

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    "En plein air" était le titre de la première exposition temporaire organisée par le musée rénové. On ne pouvait rêver mieux. 

    Car c'est l'impression prédominante quand on le parcourt pour la première fois : son ouverture vers l'extérieur, vers la nature environnante. Dès l'arrivée, c'est une évidence : côté entrée, il est niché dans un écrin de verdure. Les pelouses sont propices au pique-nique, à la sieste, aux jeux d'enfants.

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    Au fil de l'expo, la nature gagne encore du terrain dans le temps : on croyait retrouver les Impressionnistes et tout démarre avec Alexandre-François Desportes (1661-1743)

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    L'itinéraire nous conduit vers la toile de l'affiche : L'ascension d'une mongolfière à Aranjuez de Antonio Carnicero Mancio ( 1748-1814), très grande avec des centaines de personnages et chacun, même esquissé, est différent de son voisin, magique!  Comme la Reine Mathilde, on est sous le charme.

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    On gagne ensuite l'avancée imaginée par Rudy Ricciotti et elle s'intègre parfaitement au parcours : comme une échappée belle, une respiration entourée de feuillages et d'eau.

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    Dans la boîte Chambre avec vue, la nature entre par une fenêtre, vrai tableau parmi d'autres! Le bassin, la promenade, la roseraie, la Meuse au loin...

    De grands peintres, des chefs-d'oeuvre, des découvertes : voilà le lot des expositions temporaires. Et la prochaine s'annonce passionnante!

    Mais la Boverie ne néglige pas pour autant les collections permanentes et elles aussi, sont sublimées par un tel écrin. 

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    La lumière naturelle est partout, un vrai luxe après le bunker aveugle qu'était le BAL sur la dalle Saint-Georges en Féronstrée. Un Signac baigné de lumière, des danseuses sur fond de roseraie...

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    Un petit coup de mou? Halte zen devant une fenêtre...

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     Un jeu d'ombres nous attend avant le retour vers le quai sur Meuse...

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    On se retrouve à l'air libre, en vrai plein air. On quitte le musée-jardin pour l'île et son parc, la passerelle et la Meuse. Endroit magique!!

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    Une visite virtuelle à 360°? C'est par ici!

     http://www.laboverie.com/actualites/la-boverie-en-photos-360deg

     

  • Lantin, très fort!

    Il y a 102 ans, le mois d'août fut chaud à Liège : la ville capitulait sous les assauts allemands. Et cela malgré la neutralité de la Belgique et une défense archarnée. Mais comme souvent, nos responsables étaient en retard d'une guerre.

    Telle une petite ligne Maginot, une ceinture de douze forts devait protéger le site de la ville de Liège dans l'optique défensive d'un 19ème siècle finissant. Le jeune royaume de Belgique craignait deux ennemis : l'Allemagne évidemment et les Français qui rêvaient encore de l'épopée napoléonienne ayant annexé à l'époque le couloir industriel wallon vers le Luxembourg pour son bassin sidérurgique et les bassins miniers hennuyers jouxtant le Nord de la France.

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    L'architecte de Brialmont, avait une conception de la guerre pas très lointaine de celle de Vauban : c'est l'infanterie qui mènerait l'assaut. On mettra donc dans ces forts le plus d'obstacles possibles: des murs d'enceinte, de profonds fossés, des ponts non pas levis mais escamotables, avec des fosses remplies de barbelés ; des canons fixes aux angles prêts à faire des soldats à pied de la chair du même nom... 

    Conçus entre 1888 et 1892, tous ces forts voulaient également mettre en pratique les nouvelles lois hygiéniques : des douches, de vraies toilettes avec chasse d'eau mais placées comme au fond du jardin, au-delà du fossé de défense ; et puis de l'air, un système de ventilation qui éliminait les gaz intérieurs du fort mais qui s'avéra aussi capter ceux de l'extérieur...

    Juste après la guerre de 1870, personne ne pouvait imaginer que les Allemands, car ce sont eux qui envahiront, viendraient avec la grosse Bertha, les blindés et les premiers avions... Les forts de la rive droite étaient installés dans le bon sens, ceux de la rive gauche présentaient à cet ennemi leur face la plus faible, l'entrée.

    Dès le milieu du mois d'août 1914, tous les forts vont capituler les uns après les autres : la plupart bombardés, celui de Loncin sera pulvérisé... Aucun fantassin allemand ne devra tenter l'assaut!

    google-earth-fort-lantin.jpgDe ces  douze forts, on en rénovera certains pour attendre la guerre suivante, on en construira d'autres et les rescapés en bon état servent aujourd'hui de lieux d'expérimentation industrielle.  

     Le seul à avoir gardé son identité authentique du 19ème siècle intacte, c'est le fort de Lantin. Un petit fort triangulaire en appui de celui de Loncin.

     

     

     

     

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    P1080787.JPGSur ce plan, on remarque que les chambres sont voisines des poudrières... Les WC en face : pour y aller, il faut traverser le fossé de défense et s'exposer ainsi à l'ennemi. C'est une des raisons de la reddition du fort: au pire du bombardement, les 350 hommes furent confinés au centre du fort, réunis dans la salle de rassemblement (photo ci-contre) et y restèrent longtemps, faisant leurs besoins sous eux. Le système d'aération refoula également les gaz du bombardement, rendant la situation intenable.

    La poudre devait être transportée du rez-de-chaussée du fort vers le premier étage et les différents canons cachés sous des coupoles et orientables à bras d'hommes. 

     

     

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    Unique à Lantin, le massif central avec les différentes coupoles cachant les canons et le phare restauré depuis peu, qui balayait quelques centaines de mètres. 

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     Autour du massif central, les positions de tir pour les fantassins, les banquettes... 

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    De part et d'autre, les fossés escarpe et contre-escarpe...

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    Cet ensemble est remarquablement conservé et restauré. On peut le visiter à la belle saison et le premier week-end du mois d'août, c'est la fête. Cette année, honneur au personnel soignant. Défilé des infirmières, exposition des moyens médicaux et chirurgicaux. Tout semble héroïque et obsolète dans cette médecine de guerre...

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    Dans le fort, il y avait une classe... 

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    Un vrai lieu de mémoire et d'histoire militaire, à découvrir!  

    Et voici un article et une chouette vidéo si le sujet vous intéresse!

    http://www.matele.be/bienvenue-chez-vous-la-ceinture-fortifiee-de-liege 

  • La téloche et mes étonnantes découvertes (2)

    Après le Birobidjan, voici une autre découverte que la télévision m'a permis de faire...

    Incas, Mayas, Aztèques, ce sont les peuples les plus connus de l'Amérique pré-colombienne. On sait aujourd'hui qu'il y avait une multitude d'autres cultures dont nous avons souvent perdu la trace car elles ne pratiquaient pas la tradition écrite. Comment imaginer leur splendeur, comprendre les causes de leur affaiblissement, de leur déclin et enfin leur disparition bien avant le génocide espagnol?

    Au hasard d'un zapping sur la chaîne ARTE, j'ai découvert le peuple Moché, les Mochicas... 

    Leur capitale, surmontée d'une pyramide gigantesque, aurait été abandonnée suite à une révolte du peuple contre une vague de sacrifices humains. On note une érosion notable du monument aux alentours de l'an 600 de notre ère, ce qui correspond à un terrible épisode del Niño (déjà lui!). Pour tenter d'enrayer le phénomène climatique, les prêtres organisèrent des milliers de sacrifices humains, sans résultat. Le peuple alors se souleva et chercha à reconstruire une société libérée du pouvoir religieux sanguinaire... Sans succès, la civilisation si brillante disparut.

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    Un peu d’histoire sur la civilisation mochica

    « La côte nord du Pérou est une région aride, périodiquement dévastée par le phénomène climatique El Niño. Quand ce courant marin chaud atteint le rivage, des pluies torrentielles s'abattent et provoquent des crues catastrophiques. C'est dans cet environnement hostile qu'a prospéré la civilisation Moche (ou Mochica) entre l'an 100 et l'an 700 de notre ère. L'origine de ce peuple contemporain des Mayas est assez mystérieuse, ce qui ajoute à sa magie et à sa légende. La tradition orale prétend qu'ils seraient descendus en radeau du nord, c'est-à-dire de Colombie ou d'Amérique centrale.
    La vallée de Lambayeque, à environ 800 kilomètres au nord de Lima, fut un des centres de la culture Mochica. Les Moche étaient des grands bâtisseurs. Ils ont conçu des pyramides à degrés en adobe d'une taille stupéfiante pour l'époque. Ces constructions nécessitaient des millions et des millions de briquettes d'argile séchées au soleil.
    Comme la plupart des sociétés précolombiennes, la société Moche était très hiérarchisée. Au sommet siégeait un seigneur, considéré comme un demi-dieu. Venaient ensuite les prêtres, les guerriers, les administrateurs. Puis les artisans, les commerçants, les bâtisseurs, les pêcheurs et les paysans. Les pyramides abritaient les salles de prière et les autels sacrificiels, les espaces de vie du seigneur et des prêtres, les salles de réception et de conseil. Plus on occupait un rang important, plus on habitait près de la pyramide. Pour apaiser les dieux constamment affamés de chair et de sang, il convenait de les nourrir. Les victimes avaient soit la gorge tranchée, soit le crâne défoncé à coups de masse. Les nobles s'offraient parfois en sacrifice en se tranchant les jugulaires, des filles vierges se jetaient aussi du haut des falaises. Pour les aider à franchir le pas, elles absorbaient un philtre obtenu à partir d'un cactus des Andes riche en mescaline, qui les plongeait dans une ivresse hallucinatoire. Etre sacrifié était un honneur. L'ingratitude du littoral nord péruvien semble avoir stimulé la créativité des Moche. Ils avaient mis au point un système de culture hydraulique élaboré, leur permettant de cultiver deux fois plus de terre qu'aujourd'hui dans ces mêmes régions. Outre le maïs, ils connaissaient la pomme de terre, les quinoas riches en protéines, quantité d'autres plantes nutritives, les lamas pour la viande, et leur alimentation était bien plus riche que celle des Mayas, à la même époque. Les Moche croyaient à la vie après la mort. Ils étaient enterrés avec toutes leurs possessions. Pour leur dernier voyage, les personnages importants étaient accompagnés de leurs épouses, de leurs concubines, de leurs serviteurs et de leurs gardes, sacrifiées contre leur volonté ou non. La présence de trésors à quelques mètres sous terre fait que le paysage, vu d'avion, ressemble parfois à une zone crevassée par les bombes. Chaque excavation correspond à une tombe profanée, de nuit, par les huaqueros, les pilleurs de sépultures. C'est l'un de ces voleurs qui a découvert le plus important complexe funéraire de la culture Mochica, non loin du village de Sipán, en 1987. Un de ses comparses se souvient de la terreur sacrée qu'ils éprouvèrent tous cette nuit-là, quand ils commencèrent à remonter des masques et des bijoux en or. Ces objets somptueux furent retrouvés par la police dans la maison du chef des huaqueros et, depuis, l'archéologue Walter Alva fouille cette nécropole, considérée comme la plus grande découverte depuis celle du Machu Picchu. Une des tombes les plus riches est celle d'un personnage qui régna probablement aux alentours du IIIe siècle, à qui les chercheurs ont donné le nom de Seigneur de Sipán. Douze autres tombes appartenant à de hauts dignitaires ont été exhumées, contenant des parures, des céramiques, des masques, des poteries à effigie d'une expressivité extraordinaire. Certaines nuits, les archéologues ont dû repousser les attaques des pillards pour sauvegarder ces trésors. Ils se trouvent aujourd'hui exposés dans le Musée des Tombes royales de Sipán ».

    Voici ce documentaire étonnant!

    C'est l'archéologue belge Peter Eeckhout qui y dévoile les plus grands chantiers de ces dernières années et leurs extraordinaires découvertes. 

     

                       

  • La téloche et mes étonnantes découvertes (1)

    Lors d'une "passe d'armes" sur Facebook à propos de l'actuelle hystérie Pokemon, j'avais fait remarquer qu'à l'aube des années 80, les adultes avaient été pris d'une frénésie semblable pour la série Dallas qui vidait les rues une heure avant sa programmation. Certains refusaient même des invitations à dîner pour ne pas rater un épisode ! (pas encore beaucoup de video-recorder à l'époque).

    Là-dessus, une correspondante saisit l'os à moëlle pour proclamer victorieusement qu'elle, elle n'a pas de télévision, qu'elle fait partie de ces irréductibles chez qui ce média dégénératif n'entrera jamais... 

    J'ai vécu mon enfance et ma jeunesse sans télévision a casa ; mon frère n'étant pas un très bon élève, il ne fallait pas le distraire, avait décrété mon père. À l'époque ne l'ayant jamais regardée, elle ne m'a pas manqué. Mais j'avoue qu'aujourd'hui, j'adore! Les émissions culturelles de France 2, France 3, ARTE et France 5 m'enchantent et me font découvrir chaque jour des choses intéressantes.

    Ces deux derniers jours, par exemple, deux découvertes étonnantes, époustouflantes. Je vous en fais partager une aujourd'hui, l'autre demain.

    Hier soir, je voguais sur la Garonne entre Toulouse et Bordeaux, déjà un beau programme. Mais au milieu de l'émission Échappées belles, il y a toujours un petit entracte, une escapade au bout du monde. Et là, j'embarque dans le Transsibérien, arrêt en Birobidjan.

    Késako? Vous ne croyez pas si bien dire : un lieu improbable, une destination assez hallucinante, digne au prime abord de l'imagination d'Hergé...

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    Sur la route du Transsibérien donc, le long du fleuve Amour, à la frontière russo-chinoise, une République autonome juive, l'oblast de Birobidjan. Créé par Staline en 1934, voilà le premier état juif bien avant celui d'Israël en 1948.

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    Les motivations de Staline? Je vous laisse vous faire votre propre opinion en allant chercher les infos si cela vous intéresse... Un texte parfaitement documenté et bien intéressant de l'architecte belge Axel Fisher:

    http://www.fau.usp.br/iphs/abstractsAndPapersFiles/Sessions/24/FISHER.pdf

    Mais il y a une autre surprise dans cette histoire. On sait que "la ville blanche" de Tel-Aviv, créée en 1909 et future capitale de l'état d'Israël,  fut construite par des architectes venant d'Allemagne et d'Europe centrale très influencés par le mouvement Bauhaus, qu'ils ont ainsi construit plus de mille maisons dont 200 sont de véritables chefs-d'oeuvre classés par l'Unesco.

    À Birobidjan, il est aussi question du Bauhaus... Hannes Meyer, architecte suisse et directeur du Bauhaus de 1928 à 1930, en tant que marxiste offrit au GIPROGOR (l'institut soviétique du planning urbain) son expertise. Son projet: Comment transformer Tikhonkaya, petite ville en bordure du du chemin de fer, en la capitale soviétique du peuple juif, comment créer des modèles modernes de la culture juive en architecture? 

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     Plan de Hannes Meyer réédité par Axel Fisher

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    Un  documentaire de 2008 pour découvrir ce pays:

                                 

     

    Autre piste (je ne l'ai pas lu...): 

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    Merci à la télévision de m'avoir fait découvrir cette étonnante histoire. Et demain, il y en aura une autre, tout aussi passionnante!  

  • Le bonheur est au marché

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    Explosion de couleurs, de senteurs et de goûts. Sans oublier "l'accent" comme disait Gilbert Bécaud dans ses Marchés de Provence... Intemporelle, cette chanson ! Et avec B.B...

                    

    Nos marchés à nous, nos chouchous, c'étaient celui de Vaison-la-Romaine, le mardi et celui de Carpentras, le jeudi. On n'y achetait pas la même chose. À Vaison, le poisson, les épices, les picodons et les faisselles de chèvre, le pain rustique et les fruits. À Carpentras, le miel, les légumes, la tapenade et l'anchoiade, le poulet fermier rôti... À Vaison, il y avait aussi trois superbes étals de livres ; à Carpentras, les beaux tissus et les fleurs! Après le marché à Vaison, on se prenait un petit pastis au Bar à Thym et on rentrait a casa ou on allait pique-niquer dans les dentelles de Montmirail et on repassait dire bonjour aux amis à la cave coopérative de Gigondas. À Carpentras, on mangeait toujours au Malaga et on rentrait par Beaumes-de-Venise ou Vacqueyras, ou encore on faisait le détour par Orange et les amis de Chateauneuf-du-pape... Que du bonheur!

    Ces marchés, quel plaisir de les fréquenter au printemps et à l'automne, les commerçants avec les années étant devenus des copains qui saluaient avec chaleur amicale notre venue. En été, c'était autre chose. Fournisseurs débordés, on se saluait simplement par une clignette entendue (pour nous) et un "peuchère!" survolté (pour eux). C'était fou comme les marchés avaient aussi gonflé de toutes sortes d'échoppes attrape-touristes et de marchands flirtant avec les bordures de l'honnêteté... Ah! cette merveilleuse roue de comté qui avait fait de l'oeil à mon homme en plein cagna... Un morceau, monsieur? ben oui, un p'tit pour deux et hop, on se retrouve délestés de 25€. Difficile de rechigner au milieu d'un cercle de clients dégustant béatement les petits morceaux d'un fromage effectivement délicieux...   

    Qu'en avons-nous ri ensuite, de cette anecdote ! On s'était fait avoir comme des bleus... 

    ma-grand-mere-avait-les-memes.jpgLa Provence, ses marchés et tout le bonheur qui allait avec sont, pour un quatrième été, bien loin. Mais rangeant hier "quelques" livres, je suis tombée sur celui-ci. Philippe Delerm, je l'adore, on trouve toujours dans ses courts écrits une madeleine de Proust, un baume un rien nostalgique mais optimiste, ça croque la vie!

    Je feuillette et ô merveille, "Y a un peu plus, je laisse?" apparaît! Je lis avec gourmandise et oui, la madeleine de ce cher Marcel a marché et m'a inspiré ce post!

    Pas mauvaise fille, je partage le texte!

    Parfois c'est seulement "y a un peu plus". Mais même alors, le "Je laisse?" est sous-entendu, y compris la montée interrogative. le commerçant est devant sa balance, le regard rivé à l'écran, comme un prêtre à l'offertoire, candide et concentré. Il s'est donné du mal pour satisfaire vos désirs avec exactitude ; au milieu de quelques phrases enjouées, son sérieux est devenu légèrement ostentatoire. Pas si simple de jouer devant lui le rôle du pointilleux, non j'avais dit une livre, je n'en veux pas davantage. Bien sûr, on pourrait surjouer l'amabilité de ton pour compenser la rigueur des propos, vous seriez gentil de m'en enlever un peu s'il vous plaît. Mais on le sait. On est coincé. De toute manière, on en serait réduit à jouer le rôle du casse-pieds, et ce serait tellement peu dans la note, l'effervescence bon enfant du marché, la bonhomie de ce rapport humain que vous êtes venu chercher ici. Car vous avez un cabas à la main, ou un panier, pas un caddie. Vous n'arpentez pas des couloirs symétriques ; vous déambulez, le nez en l'air, sourire aux lèvres. Vous ne remplissez pas vous-même des sacs de plastique difficiles à ouvrir. Il vous faut un officiant ; la qualité du rapport que vous entretenez avec lui est l'essence de ce commerce authentique et déclinant dont vous vantez les mérites - moi, j'adore faire mon p'tit marché. 

    Alors il faut laisser, bien sûr, et même davantage. Manifester par votre attitude que vous ne soupçonnez pas le marchand de mauvaise foi, même si vous gardez pour vous quelques idées dont l'aigreur n'est pas de mise, c'est curieux, il n'y a jamais moins, depuis le temps qu'il pèse ses haricots, il doit commencer à maîtriser son truc, à cinq euros le kilo, il ne s'embête pas. Mais le regard s'est détaché de la balance. Pour prolonger sa déférente interrogation, il plonge dans vos yeux. Vous faites semblant d'y lire la fraîcheur du maraîcher, non la rouerie du commerçant. Des clients attendent à vos côtés, vous savez bien ce que le public espère. C'est l'heure de la jouer grand seigneur, avec une infime réticence qui vous sauve à vos propres yeux, je ne suis pas dupe mais je connais mon rôle. Une moue approbative des lèvres, une oscillation approbative du chef, un battement de paupières. "Ça ira."

    Philippe DELERM, Ma Grand-mère avait les mêmes, les dessous affriolants des petites phrases, 

    Le goût des mots, Points

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    Goûtez Philippe Delerm, savourez-le à petites doses délectables, comme de succulentes et subtiles verrines!

    Un article dans mon précédent blog sur toute la famille Delerm! (copiez le lien dans votre navigateur):

    http://tempolibero.skynetblogs.be/archive/2011/11/index.html

    Bonne lecture, les amis!