Nouveau tempo libero - Page 5

  • Un autre Godard

    C'était il y a quelques jours, écoute un peu distraite de Musiq3 en faisant la vaisselle. Les corvées passent mieux en bonne compagnie! Et bonne compagnie, il y eut, plus que je ne l'imaginais...

    Cela commença par cet air, mélodie devenue un rien sirupeuse par la voix de tout bon tenorino qui se respecte et par tout autre instrumentiste pataugeant un rien dans la guimauve... Écoutez! 

     Benjamin Godard, lisez-vous. Ce n'est pas l'instrumentiste, c'est le compositeur.

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    Benjamin Godard (1849-1895) fut élève du conservatoire de Paris où il étudia le violon avec Henri Vieuxtemps. Sa production? Compositeur d'opéras : Les Bijoux de Zalamea (Anvers, 1884), Jocelyn, d 'après le poème de Lamartine (Bruxelles, 1888), Dante (Paris, 1890), La Vivandière (Paris, 1895) et Les Guelfes (Rouen 1902) ; mais également des symphonies: la Symphonie gothique, la Symphonie orientale, la Symphonie légendaire. On y ajoutera des concertos pour violon et piano, des sonates pour piano et violon et piano et violoncelle, de très nombreuses mélodies.

    Atteint de tuberculose, il se retira sur la Côte d'Azur où il mourut à l'âge de 45 ans. Outre les opéras posthumes, des éditeurs firent paraître également des recueils pour piano.

    Il connut une gloire certaine : des bustes, des statues et une rue dans le 16ème arrondissement de Paris en témoignent (hier et aujourd'hui).

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    Mais quoi ou qui, me direz-vous, a attiré mon attention sur ce compositeur que certains qualifient de Brahms ou de Chopin français? 

    C'est notre pianiste Éliane Reyes, l'invitée de cette émission de Musiq3 que j'écoutais, les mains dans l'eau romantiquement savonneuse.

    Elle le connaît sur le bout des doigts, lui ayant consacré deux CD:

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    Vous voulez en savoir plus?

    Une bien belle interview de cette pianiste...

    http://www.tutti-magazine.fr/news/page/Eliane-Reyes-pianiste-Benjamin-Godard-Nicolas-Bacri-Interview-fr/

    Et puis une rétrospective vénitienne :  

    http://www.bru-zane.com/?page_id=16191&lang=fr 

    (comme d'habitude, copiez les liens, ils sont inactifs dans le blog...)

     Bonne découverte à tous!

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  • Damier tridimensionnel mais pas que...

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    De nombreux monuments historiques arborent sur leurs façades des damiers très esthétiques composés de pierres calcaire et de briques comme ici le château de Rumilly (à gauche) et le château Saint-Germain de Livet (à droite).

    gibelet-boutisses.jpgLe côté esthétique que nous apprécions aujourd'hui n'était pas au départ le but recherché. La technique fut inventée dans la grande zone sismique d'Orient autour du Liban. Entre les Xème et  XIIIème siècles, on réutilisa les colonnes antiques en boutisse, imbriquées en sorte que leur plus grande dimension se trouve placée dans le sens de l'épaisseur des murs afin de mieux les stabiliser (comme ici, sur le site de Gibelet). 

    À un quart d'heure de Liège, un château hesbignon utilise le damier. C'est le merveilleux château de Jehay.

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    37412637.jpgCe bâtiment jouit d'une réputation mondiale car il est le seul exemple en Europe à être couvert d'un damier alliant la pierre calcaire et un appareillage de grès brun, et non de briques. De plus, le motif est irrégulier, créant ainsi un aspect fuyant et très original. 

    Quelle est l'histoire de ce château?

    On trouve la trace de cette seigneurie proche de l'ancienne voie romaine vers Tongres après l'an mil. Elle était peut-être habitée par un certain Jehan, Jehaing ou Jahin qui devint Jehay. Elle passa aux Awans, aux de Lexhy, à Wathieu d'Athin ; au XVème siècle, aux de Falloise et aux de Sart. En 1492, une certaine Jehanne de Sart se maria avec Arnould de Mérode. Durant plus de deux siècles, le château fut la possession de la famille de Mérode et de grandes restaurations eurent lieu. Vers 1550, le château reçut sa forme actuelle, style gothico-Renaissance (les anciennes fondations et les caves ont été gardées). En 1680, Ferdinand-Maximilien de Mérode vendit le château à François de Gand-Vilain van den Steen. Près de 300 ans plus tard, le comte Guy van den Steen (1905-1999) le vendit à son tour en viager à la Province de Liège qui à son décès, en devint définitivement propriétaire.

     

     

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    Les douves dessinent trois îlots: le château, la chapelle et la ferme castrale.

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    Les douves furent vidées l'an dernier afin de constater l'état des fondations et la restauration complète du château a commencé, rendant sa visite impossible. Mais le temps pressait pour préserver l'impressionnante collection d'oeuvres d'art réunie par le dernier comte : mobilier (dont un piano de 1780), tapisseries, argenteries, cristaux, orfèvreries, dentelles, boîtes à musique... sans oublier une vaste bibliothèque de vieux livres aux magnifiques reliures. Dans les caves, est exposée la plus belle collection archéo-spéléologique privée d'Europe.

    Se promener dans le jardin, lui aussi restauré il y a peu, est un véritable enchantement. On ira au jardin clos avec ses roses anciennes, ses simples, sa vigne, ses arbustes à petits fruits, ses fleurs chatoyantes, ses hôtels à insectes...

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    Il y a aussi la grande allée et ses cascades aux nymphes, sculptures plus que coquines du comte...

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    P1080472.JPGLa glacière insondable, la forêt et ses mystères...

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    Les charmilles, les jardins à l'italienne...

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    Notre visite fut agrémentée du vernissage de l'exposition "Arts et Métaux" avec quelques installations parfois étonnantes !

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     Nous y retournerons, en automne par exemple. Même si le temps de ces derniers jours, hum...

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    Beaucoup d'autres photos de ce lieu exceptionnel dans l'album ci-contre (une fois l'album ouvert, cliquez sur la 1ère photo du pêle-mêle et vous les verrez en grand)! Regardez, vous n'aurez qu'une envie: y aller ou y retourner ! Bonne visite, les amis!

     

  • Par Saint-George, elle était olympique avant de Coubertin!

    C'est une bien étrange histoire qui vient d'arriver à Julien Chauvin et ses amis musiciens en voulant donner à leur orchestre le nom de "Concert de la Loge Olympique", en référence à un orchestre portant ce nom en 1781 et issu de la « Société Olympique », une loge maçonnique fondée à Paris.

    Au Siècle des Lumières et dans cette période pré-révolutionnaire, le Concert de la Loge Olympique était considéré comme un des meilleurs orchestres d'Europe, avait reçu la protection de Marie-Antoinette et rassembla de nombreux compositeurs fondateurs du Conservatoire de Paris (dont Cherubini). Il commanda notamment à Haydn ses six symphonies de Paris et les créa.

    "La première preuve d’un succès avéré se manifeste par la commande du comte d’Ogny (1757-1790) de six symphonies destinées au répertoire du Concert de la Loge Olympique parisienne, société réputée dans toute l’Europe pour ses qualités d’exécution. En 1785 et 1786, six chefs-d’œuvre voient ainsi le jour (symphonies n° 82 à 87), inaugurant la série insurpassée des vingt-trois dernières symphonies du maître. Toutes ces compositions intéressèrent au premier chef les éditeurs français tant le public parisien montra une insatiable avidité à les entendre et les réentendre."

    Alexandre DRATWICKI, La réception des symphonies de Haydn à Paris. de nouvelles perspectives de recherche... 

    Aujourd'hui, Julien Chauvin, à l'instar d'autres formations spécialisées dans les interprétations historiques (Le Concert Spirituel, Les Arts Florissants, La Grande Ecurie et la chambre du roi...), a voulu donner une identité originale à son orchestre en puisant dans l’histoire de la musique durant la période révolutionnaire, dans le répertoire de la période « classique » de Haydn et de Mozart, et son choix se porta donc sur "le Concert de la Loge Olympique".  

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    (La rue est située entre la rue Royale et la rue Cambon, et donne dans la rue Saint-Honoré).  

     

  • Les Vainqueurs wagnériens

    Il est communément admis que Richard Wagner a composé 13 opéras : Die Feen, Das Liebesverbot, Rienzi, Der Fliegender Hollander, Tannhäuser, Lohengrin, Tristan und Isolde, Die Meistersinger von Nurnberg, Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried, Gotterdamerung (la Tétralogie ou Ring des Nibelungen) et enfin Parsifal.

    Mais le legs wagnérien ne se limite pas à cela puisque le catalogue WWV contient 111 oeuvres : des opéras, des sonates, des pièces orchestrales, des pièces chorales, des lieder (parfois sur des textes français), des arrangements d'oeuvres, des drames sans musique. 

    Revenons à l'opéra, ou plutôt à la musique de scène. On dénombre 27 oeuvres achevées ou restées en chantier.

    Éliminons les 13 opéras connus cités plus haut.

    Il en reste 14.

    Certaines sont restées au stade du livret (puisque Wagner les rédigeait), d'autres ont été composées en partie, d'autres encore ont vu leurs partitions perdues. 

    1  Leubald                 1827- 28                                 Sur des thèmes de l'oeuvre de Shakespeare. Une version du texte existe, mais pas de partition.  
    6 Die Laune des Verliebten  1829-30  Sur une pièce de Goethe. Plus aucune trace du livret et de la partition.
    31 Die Hochzeit  1832 Sur une histoire de J.G.G. Büsching. Joué à Leipzig en 1938
    40 Die hohe Braut  1836-42 Livret de Wagner, joué à Prague en 1848 , mis en musique par Jan Bedrich Kittl sous le titre de Bianca et Giuseppe.
    48 Männelist grösser als Frauenlist, oder Die glückliche Bärenfamilie  1839 Basé sur un conte des Mille et une nuits. Livret complet mais pas la partition. Joué en 2007 à Londres.
    66 Die Sarazenin  1841-42 Livret basé sur le Manfred de Lord Byron. Pas de musique. Jamais représenté
    68 Die Bergwerke zu falun  1842 Sur une histoire de E.T. HOffmann, jamais représenté
    76 Friedrich I  1848-49 Projet sur Frédérick de Prusse. Pas de livret ni de musique.
    80 Jesus von Nazareth  1848-49 Livret en prose, certains éléments ont été utilisés pour Parsifal.
    81 Achilleus  1848-49 Livret en prose, pas de musique.
    82 Wieland der Schmied  1849-50 Livret en prose refusé par Berlioz et Liszt.
    89 Die Sieger  1856 Livret en prose pour un opéra sur un sujet bouddhiste. Des éléments musicaux ont été utilisés pour d'autres oeuvres.
    99 Luthers Hochzeit  1868 Livret à propos du mariage entre Martin Luther et Katherine von Bora.
    102 Ein Kapitulation  1871 Farce lors du siège de Paris en 1870. Wagner tenta sans succès de le faire mettre en musique par Hans Richter.

     

    Passé les polémiques engendrées de l'emploi de l'oeuvre de Wagner par l'idéologie nazie et les réticences sur la conduite d'un homme parfois sans scrupules, on doit admettre la richesse musicale et philosophique léguée. 

    Il faut souligner sa profonde connaissance de la philosophie de Schopenhauer et son intérêt pour le bouddhisme, découvert grâce à Mathilde Wesendonck. Son oeuvre ultime, Parsifal, dépeint parfaitement tout cela.

    Mais jusqu'à sa mort, Wagner songea à un opéra sur un sujet bouddhiste. En 1856, il rédige un synopsis "Die Sieger" (les Vainqueurs) basé sur un récit découvert dans l'Introdution à l'histoire du bouddhisme indien d'Eugène Burnouf.

    Prakriti, une jeune fille indienne de la plus basse extraction, brûle d'un  impossible pour Ananda, un proche de Bouddha. Elle ne pourra vivre auprès de son amant qu'en entrant dans son ordre religieux et en faisant voeu de chasteté. Renoncement au monde comme rédemption, l'histoire de Prakriti et d'Ananda est également une métaphore de l'inégalité entre les hommes et les femmes.

    Wagner tentera jusqu'à la toute fin de sa vie de concrétiser ce projet, en vain. Le mardi 13 février 1883, une violente dispute avec Cosima à propos de l'invitation faite à Carrie Pringle (l'interprète d'une des filles-fleurs de Parsifal) de venir les retrouver à Venise, provoque une crise cardiaque qui emporte le compositeur.

    Jean-Claude Carrière, adepte du bouddhisme, et le compositeur Jonathan Harvey ont, début des année 2000, construit l'argument d'un opéra, "Wagner Dream ", mêlant les derniers instants de Wagner et les éléments de Die Sieger. Une illusion-révélation "le temps d'un battement de paupières" ou encore "le temps immobile du dernier soupir". Jonathan Harvey, compositeur notamment de Bakhti, veut ainsi mettre en scène l'ultime vision de Wagner à l'instant de sa mort et cette vision serait tout simplement cet opéra bouddhiste qu'il n'a pas écrit.

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    L'oeuvre fut créée à Luxembourg en 2007 puis enregistrée et disponible en CD. 

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    "La partition est somptueuse. Les passages entre le théâtre et la musique, la parole et le chant, le temps historique confié aux acteurs et le rêve confié aux chanteurs coulent avec naturel, l’électronique « live » réalisée à l’IRCAM par le compositeur et Gilbert Nouno est d’une justesse jamais atteinte encore dans le domaine de l’opéra, ce qui incite l’auditeur à se laisser porter au cœur de l’espace sonore qui l’enveloppe et ne cesse de le surprendre, se disséminant furtivement dans la salle. Ce qui est malheureusement aplani par le remarquable enregistrement produit par Cyprès (1), capté à Amsterdam en juin 2007 mais forcément réduit à la seule stéréophonie. Tout en évitant citations et pastiche, la musique extrêmement raffinée et aux harmonies chatoyantes, extraordinairement élaborée et d’une expressivité foisonnante qui réussit le miracle de fondre l’ombre de Wagner à travers celle de l’un de ses héritiers les plus marquants, Gustav Mahler, et les parfums de l’Orient à la pure créativité de Harvey, envoûte dès les premières mesures pour ne plus lâcher l’auditeur quatre vingt dix minutes durant."

     

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    http://brahms.ircam.fr/works/work/18549/ 

  • La force d'un destin

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    Quel est le point commun, me direz-vous, entre La liberté guidant le peuple de Delacroix et le nouveau pont liégeois? 

    C'est le destin de la petite vachère Anne-Josèphe Terwagne, une destinée qui ne peut exister que par des temps révolutionnaires.

    Née en 1762 à Marcourt (près de Liège), elle a une enfance paysanne digne de Cosette. Ballottée après le décès de sa mère entre une tante qui l'enferme dans un couvent, et une marâtre qui la malmène, elle finit par s'enfuir dès l'âge de 13 ans. Vachère et servante sans aucune éducation, elle devient par hasard dame de compagnie d'une riche Anglaise à Anvers. Une véritable renaissance.

    Puis s'étant amourachée d'un bel Anglais qui lui avait promis la lune, elle commence une carrière de demi-mondaine et de chanteuse, voyage à travers toute l'Europe et contracte la syphilis.

    theroigne_de_mericourt.jpgElle rallie Paris en 1789, se passionne pour la politique, ouvre un salon et prend le nom de Théroigne de Méricourt (transformation de son nom de famille et de celui de son village natal). Pour ses admirateurs, elle devient "La belle Liégeoise", "l'Amazone rouge" ou encore "la furie de la Gironde"

    A-t-elle participé à la prise de la Bastille? Armée d'un sabre et de pistolets, a-t-elle pris la tête du cortège qui se rendit à Versailles présenter les revendications du peuple à Marie-Antoinette (inspirant le personnage féminin de la toile de Delacroix) ? Elle déchaîne tant de passion que tout devient rocambolesque! On l'accuse même de vouloir tuer Marie-Antoinette...


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    Endettée, poursuivie par la presse et ses détracteurs monarchistes, elle se réfugie en Belgique mais y est kidnappée et conduite dans une prison autrichienne. Libérée en 1792 pour des raisons de santé, elle regagne Paris triomphalement.

     

    Elle y défend la cause des femmes mais ses prises de position sur leur émancipation sont jugées bien trop révolutionnaires pour l'époque. Elle est moquée, isolée, devient suspecte aux yeux des hommes. Elle entame alors le déclin de son destin politique.  

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    Le droit de voter et de s'organiser en corps armé, de s'affirmer comme citoyennes à part entière qu'elle réclame, sa volonté de créer des bataillons d'amazones, sa participation à des épisodes sanglants feront alors naître la légende d'une tueuse sanguinaire.

    XB345833.jpgLe 13 mai 1793, elle est prise à partie par des mégères jacobines qui la dénudent et la fouettent devant les portes de la Convention. elle ne doit son salut qu'à l'intervention de Marat.

    Elle ne se remettra pas de cet affront ni de tous ses échecs et quittera la vie politique. En 1794, son frère demande sa mise sous tutelle pour cause de folie. Est-ce pour la sauver de la guillotine, est-ce pour spolier ses biens? Est-elle atteinte de troubles mentaux dus à la syphilis? Est-elle ce qu'on appelle aujourd'hui une bipolaire?

     

     
    Théroigne_de_Méricourt_-_1816.jpgElle est alors internée pendant 23 ans dans des conditions ignobles. Elle meurt abandonnée de tous le 23 juin 1817 et son corps est jeté à la fosse commune.

     Ce qu'en dit Michel Onfray :

     

     

     

     

     

     

      

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    Le destin fabuleux et tragique d'Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt stimula les imaginations.

    Baudelaire dans Les Fleurs du mal

    Imaginez Diane en galant équipage,

    Parcourant les forêts ou battant les halliers,

    Cheveux et gorge au vent, s'enivrnt de tapage,

    Superbe et défiant les meilleurs cavaliers!

     

    Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,

    Excitant à l'assaut un peuple sans souliers,

    La joue et oeil en feu, jouant son personnage,

    Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers?

     

    Telle la Sisina! Mais la douce guerrière

    À l'âme charitable autant que meurtrière ;

    Son courage, affolé de poudre et de tambours,

     

    Devant les suppliants sait mettre bas les armes,

    Et son coeur, ravagé par la flamme, a toujours,

    Pour qui s'en montre digne, un réservoir de larmes.

     

    Paul Hervieu, dans la pièce Rêve de Théroigne de Méricourt. Un extrait dit ici en 1902 par Sarah Bernhardt

    (Acte V scène VIII
    THÉROIGNE

    Dans les profondeurs du sommeil, j'entendais une immense acclamation. Une femme m'apparut, que tous saluaient de ce même cri : "- Vive la Révolution!" Mais, dans les traits de son visage, je reconnus, avec stupeur, le mien.

    LA FOULE
    Ha! ha! ha!

    THÉROIGNE
    C'était moi! J'incarnais la Révolution. J'étais parée de belles couleurs blanches, rouges et bleues. Je tendais vers tout l'univers des mains fraternelles. Je prononçais des phrases sublimes. J'accomplissais des actes prodigieux. J'étais, vous dis-je, la Révolution !

    LA FOULE
    Ha! ha! ha!

    THÉROIGNE
    Soudain, le froid d'une bouche morte s'approcha de mon oreille. Ce François Suleau, dont j'ai assuré l'immolation, me suivait et me disait : "- Tu as goûté au moyen le plus sûr d'avoir toujours raison; tu ne te déshabitueras plus de tuer le contradicteur, de tuer pour qu'on se taise, de tuer encore, parce que tu auras tué !" Et je me sentis précipitée dans un océan pourpre, sur lequel roulaient des milliers de têtes coupées chez toutes les castes : têtes fines à cheveux d'argent, têtes hâlées d'où pendaient des barbes grossières, blondes têtes de femmes, des têtes même d'enfants ! Je me défendais contre leurs dents grinçantes.

    Je criais : "- Erreur!... Vous me prenez pour la tyrannie. C'est elle seule qui, depuis les origines du monde, a eu le loisir de faire tant de têtes sans corps... Moi, vous voyez bien ma cocarde fraîche ! Je suis la Liberté nouvelle ! Je suis la généreuse Révolution !..." Mais toutes les têtes aux yeux fixes répondaient "C'est pourtant toi !... C'est toi qui nous as tranchées au ras des épaules, ouvrant ainsi les sources rouges, vidant les précieux réservoirs de sang qui se sont perdus en cette mer fumante. C'est toi, égale aux pires tyrannies, toi ! toi ! Révolution !")

     

    Le peintre Félix Labisse et l'écrivain Vicente Blasco-Ibanez

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    Plus proche de nous, la psychanalyste Elisabeth Roudinesco a écrit une remarquable biographie "Théroigne de Méricourt, une femme mélancolique sous la Révolution". On y trouve une parfaite objectivité : dossier étoffé, pas de passion excessive mais une grande compassion pour l'héroïne. Elle y expose les événements et tranche avec prudence.

     

    La BD également...

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    Il faut aussi mentionner ce livre licencieux dont ses ennemis royalistes l'en firent l'auteur sans qu'elle en ait , disent certains, jamais écrit une ligne...

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    Ah! cette Belle Liégeoise ! Rappelez-vous d'elle lorsque vous emprunterez la passerelle qui porte désormais son nom...

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